Menu
En ce moment
Evénement

Les jeunes de 12 à 17 ans sont invités à partir en pèlerinage sur les chemins de Saint-Jacques de Compostelle, du 13 au 18 avril 2020.

Ce seront cinq jours de marche entre Nasbinals et Conques, à la suite du Christ. Une expérience inoubliable !

Prix du pèlerinage : 90 € par personne – 75 € par inscrit d’une même fratrie – 110 € en tarif solidarité.
Le prix ne doit pas être un empêchement pour participer.

Inscription avant le 24 janvier 2020 – Places limitées.

A réception de l’inscription, l’ensemble des informations pratiques de ce pèlerinage vous sera envoyé.

Contact/renseignement :
Tél. 04 66 65 66 34 – pastoralejeunes@diocese-mende.fr

 

Information Aumônerie catholique des prisons du diocèse de Mende

Témoignage de Denis Schira, diacre diocèse de Mende, aumônier à la Maison d’arrêt de Mende.

Après un premier texte sur sa mission d’aumônier de prison, voici une deuxième partie relative à son l’expérience sur le chemin Saint-Jacques de Compostelle avec des personnes détenues.

Deuxième partie

Sur les chemins de Compostelle avec des personnes détenues

Sur les chemins de Saint-Jacques de Compostelle avec des détenus - sur le diocèse de MendeEn septembre 2018, nous sommes partis à trois accompagnateurs et trois personnes détenues de la Maison d’arrêt de Mende, pour vivre 13 jours ensemble sur le Chemin de Saint-Jacques de Compostelle.

C’était la troisième fois que nous réalisions cette expérience. Elle a été possible grâce à la volonté de Madame le Juge d’application des peines, Monsieur le Procureur de la République, Monsieur le Directeur de la Maison d’arrêt et Madame la Directrice du SPIP Lozère.
Ce projet a été porté par l’Association Emmaüs de Marvejols et financé également par le Secours Populaire, le Secours Catholique, le SPIP, la Fondation Bruneau et la participation matérielle de la Croix Rouge Française. Mes compères étaient Christian et Marc.

Cette expérience m’a fait grandir. Marcher 220 km du Puy-en-Velay à Conques avec des détenus est une expérience inoubliable que je vous invite à partager.

Les trois détenus ont 35 ans environ. L’un d’eux avait déjà fait 12 ans de prison, un autre 4 ans et le dernier condamné à un an. Rencontres exceptionnelles. Sur le chemin, 24h/24h ensemble, à marcher, boire, manger et dormir… le courant est passé très vite et une grande confiance s’est établie. Nous avons beaucoup partagé, soit deux par deux soit tous ensemble.

Dans chaque hameau, chaque village, je m’arrêtais visiter les chapelles, les églises et prier pour eux. Je les invitais seulement à venir voir la beauté des édifices et petit à petit, ils y ont pris du plaisir. Un jour M. m’a demandé de venir à la messe. Il n’a rien compris mais il est resté jusqu’à la fin. Comme le prêtre qui me connaissait, m’a demandé de donner la communion, M. s’est avancé et je lui ai donné la bénédiction : moment d’une grande force.

Chaque année nous faisons halte à l’Abbaye de Bonneval, au nord d’Espalion, car sœur Brigitte les accueille merveilleusement. Je leur ai seulement proposé, sans les forcer, d’assister à un office. Ils ont choisi les Laudes à 8h du matin. 20 minutes sans bouger dans cette sublime abbatiale avec le cœur des sœurs : ils ont été retournés.

Un autre jour l’un d’eux me dit : « Denis apprend moi à prier ». Nous nous sommes retrouvés tous les deux devant la statue de la Sainte vierge, à prier pour lui, pour sa femme, ses enfants, les personnes rencontrées sur le chemin et ses collègues de détention… quelle Grâce!

Sur les chemins de Saint-Jacques de Compostelle avec des détenus - sur le diocèse de Mende

Puis nous nous sommes arrêtés dans un gîte qui se dit «  Accueil chrétien », le Soulié, juste avant Espeyrac, tenu par Michel, un type remarquable. Nous avons pu prendre une bonne douche, un peu de repos et le repas partagé sous la tonnelle. 20 personnes dont deux hospitaliers étaient également présents. Après le repas, Michel propose, comme chaque soir, de nous retrouver dans ce qu’il appelle la chapelle dédiée à Sainte Fleur, une petite chapelle faite de bric et de broc mais très conviviale. Tout le monde s’assied, serrés comme des sardines. Michel commence « On va juste se présenter, dire son prénom, d’où on vient et ce que l’on a découvert de beau et de bon sur le chemin ». Nos trois « stagiaires » arrivent en 5ème position et suivantes. Et là, l’émotion les gagne. Jamais de leur vie on ne leur avait demandé ce qu’ils avaient trouvé de bon et de beau ! Je m’appelle X., je viens de Y., c’est facile ! Mais en dire plus, c’est beaucoup plus compliqué.

Ça y est, C. se lance, « Je viens de la Maison d’Arrêt de Mende, j’en ai pris pour 4 ans, etc. ». Tout y passe : son enfance, ses conneries, sa femme, son fils, son repentir ; il se lâche. Il est en vérité avec lui-même, il n’a même pas besoin d’être jugé, il s’est jugé lui-même, il paye ! 5-10 minutes interminables. Il est au bord des larmes. Tout le monde applaudit. Idem pour M. et J.

Le lendemain, le chemin reprend, c’est la dernière étape : Conques. Nous sommes accueillis à l’Hospitalité Sainte-Foy chez les frères Prémontrés. Visite de l’abbaye, tourisme dans Conques, rencontre de dizaines de pèlerins avec qui nous avons tant partagé durant 11 jours. Le soir, après Complies, il y a l’explication du tympan du Jugement Dernier. Ils sont là tous les trois, attentifs comme les premiers de la classe. Le frère, avec beaucoup d’humour, parle du ciel et de l’enfer. Il y a sur le tympan 80 % de surface consacrée au paradis et 20 % de surface liée à l’enfer, car il y a 80 % de bon dans l’homme et seulement 20 % de mauvais. Révélation. Choc. Émerveillement. « Moi qui ai toujours entendu dire que j’avais 80 % de mauvais, on me dit aujourd’hui que j’ai 80 % de bon ! C’est une nouvelle vie qui s’ouvre à moi ». Après cette révélation, nuit bien méritée.

Sur les chemins de Saint-Jacques de Compostelle avec des détenus - sur le diocèse de MendeSamedi matin, achat et écriture de cartes postales pour remercier nos partenaires et « financeurs », pour les papas et mamans, épouses ou compagnes, enfants, etc. Après ces pages d’écriture, nous en profitons pour partager sur ce que nous avons vécu. Tous sont émus et tendus à l’idée de retourner en prison.

Et puis, navette jusqu’à Aumont-Aubrac où nous retrouvons le journaliste qui nous a accompagné le premier jour et est venu marcher une journée avec nous à mi-parcours. C’est le temps des bilans.

Le journaliste de France Bleu Gard-Lozère a enregistré ses émissions (*). Il nous retrouve à quelques heures du retour en prison, moment difficile. Voici quelques-unes des « perles » :

Marc (accompagnateur) « La société produit du gâchis, on n’utilise pas les qualités des personnes. Ce chemin est une expérience réparatrice. On protège la société mais on ne les protège pas eux, pour qu’ils se prennent en charge. Comment les désincarcérer de leurs soucis, de leur peine. Ils m’ont appris l’amour, ces c… ».

Saïd, le journaliste : « C. il y a de la colère en toi ? »
C. : « Oui, je suis fâché contre moi. Je buvais beaucoup, je touchais aux drogues, j’ai tout perdu. J’ai continué à m’enfoncer dans le trou de la délinquance. Grâce à ce chemin je retrouve le goût de la vie. J’ai beaucoup appris. C’était magique. Je compte me tenir à carreaux pour aider mon fils et sa mère. J’espère qu’ils me pardonneront. J’ai changé. Je leur demande pardon, j’ai changé, je vais essayer d’effacer le mauvais côté. Je croyais que j’étais à 80 % mauvais, mais j’ai découvert que je peux être à 80 % bon. On a fait 300 000 pas en 11 jours, c’est une épreuve en plus. J’ai avancé avec la rage. Si je suis libéré, je ne veux pas gâcher cette chance. Le mauvais C. est mort. Un grand merci aux 3 accompagnateurs et merci aussi à toi Saïd. Je remercie aussi Michel, du gîte le Soulié. On n’a pas été jugés. On a même été applaudis. Après une longue peine de 4 ans, ce chemin a été très positif car il m’a permis de reprendre ma vie en main. À moi maintenant de prendre le bon chemin. Ça m’a permis de me poser les bonnes questions, de réfléchir à mon mode de fonctionnement pas toujours adapté. Ça redonne goût à la vie. J’ai envie de réussir pour mon fils, reprendre mon travail et m’occuper de ma famille. Je vais arrêter le cannabis. On nous a dit que c’était énorme ce que nous avions fait. Il faut que ce chemin continue. J’ai compris qu’il n’y a pas, dans la vie, que la fête qui compte. Je veux repartir comme ça. Ce soir, nous allons repasser à la fouille. Ça va être encore des cris, des embrouilles. Je vais penser aux accompagnateurs. »

M. : « Je suis triste, je suis chamboulé. On a fait des rencontres exceptionnelles. On était avec des personnes qui nous ont apprivoisées. Ça nous a fait changer. 80 %, 20 %, je ne sais pas. En prison on entretient la rancœur, le chemin lui m’a fait mûrir. Il me reste une chose à faire : aller de l’avant. Sur le chemin, quand tu es isolé, tu médites. Ça peut paraître cruel de sortir 13 jours mais c’est comme ça. On le savait qu’on devait y retourner… dans cette jungle. Ce qui va me manquer ? Les 3 accompagnateurs. Avec C., on a créé une amitié. J’en ai plein les yeux, on va le mettre à bon escient. Ouvrir sa porte avec une clé, c’est fabuleux, boire un café, le soleil sur la peau, les fleurs, le vent. En moi, quelque chose a changé. Je n’aborderai pas les choses de la même façon. Je veux retrouver ma famille et arrêter de faire le con. Je veux me poser les bonnes questions, reprendre ma vie en main. Je ne suis pas qu’un prisonnier. Je veux donner un sens à ma vie. Deux semaines c’est court mais je vais essayer un jour de faire le chemin au complet. »

Voilà, un témoignage qui me fait croire en la miséricorde de Dieu ; que nous sommes tous frères, que ce n’est pas en les enfermant derrière des barreaux qu’on va résoudre tous les problèmes de la délinquance mais en les mettant en face de leurs responsabilités, en les considérant comme des hommes capables d’aimer, de bâtir, d’être responsables de leurs vies, de leurs actes.

Je crois aussi que prier pour ceux qu’on aime par choix, ou par mission reçue de l’Église, porte ses fruits. Enfin, je crois que la rencontre de l’autre sur le Chemin, par hasard, au détour d’un chemin, dans un gîte… permet la rencontre de l’Autre et (re)donne du goût à la vie. « Le hasard, c’est Dieu qui voyage incognito ». En tout cas, le voyage, c’est la rencontre ! Rencontre des autres, de l’Autre et de soi-même.

(*) : Vous pouvez, sur internet, taper « Les évadés de Compostelle » et vous serez émerveillés.

Denis Schira