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Tribune de Mgr Benoît Bertrand

La Semaine Sainte et les fêtes de Pâques furent déroutantes et, pour tout dire, bouleversantes ! Nous étions confinés, d’une certaine manière, dépouillés mais recentrés sur le Christ en Croix : le Christ du mystère pascal. Nous avons vécu ces jours en profonde et intense communion les uns avec les autres. Je garde en mémoire cette image étonnante, rapportée par les médias, de l’archevêque de Paris à genoux au pied de la croix plantée dans le chœur de la cathédrale Notre-Dame, une croix majestueusement tournée vers la voûte déchirée laissant apparaître un ciel d’espérance.

Chaque soir vers 19h15, un décompte éprouvant est établi : celui des trop nombreuses victimes… Aujourd’hui, le plateau semble atteint avec des chiffres peu à peu à la baisse. Certains m’interrogent parfois : cette crise sanitaire appelle-t-elle de votre part des réflexions ? Le Covid-19 et ses conséquences nous convoquent-ils à remettre, collectivement, les pendules à l’heure ? Cette épreuve nous incite-t-elle aussi à mettre, personnellement, de l’ordre dans notre cœur ? Je souligne trois enjeux pour une attention intensifiée à l’essentiel !

Admiration

Devant cette pandémie particulièrement difficile à combattre, je me sens invité, tout d’abord, à l’admiration pour l’engagement à la fois courageux, innovant et, pour beaucoup, désintéressé de nos soignants. Oui, je suis admiratif devant les soignants qui ont accepté, par exemple à Châteauneuf de Randon, de rester confinés avec les personnes âgées. Le virus peut assurément être mortel mais l’isolement et la tristesse de nos anciens peuvent l’être également. J’ose le dire : il y a de la noblesse dans les gestes de délicatesse, d’attention, de sollicitude !

J’ai aussi été particulièrement édifié par l’esprit de solidarité et de responsabilité de nos concitoyens. En Lozère, le confinement est fort bien respecté, des masques ont été rapidement confectionnés, des initiatives solidaires ont spontanément vu le jour. Ce qui est essentiel et redécouvert par l’épidémie ce sont bien la richesse de nos relations humaines, la profondeur de notre attention aux plus vulnérables, la nécessaire interrogation sur le sens de la vie, de ces vies qu’ils faut sauver « quoi qu’il en coûte ».

Interrogation

Que nous est-il donc arrivé ? Pourquoi ce virus venu de Chine a-t-il si rapidement traversé notre planète ? Pourquoi nous a-t-il, à ce point, mis ko ? Il faudra bien qu’on finisse par s’interroger. L’enjeu est vital. Et les questions arrivent en cascade. Des questions liées à la globalisation marchande, à notre autonomie pour produire en France masques et médicaments, à notre système de santé qui semble avoir tenu mais est aujourd’hui épuisé… D’autres questions viennent aussi interroger nos modes de vie, nos priorités, la place de notre famille… Des questions existentielles ou spirituelles pourraient bien aussi se bousculer ! « Notre vie ne tient qu’à un fil » me disait une personne encore jeune. Les religions ont assurément en pleine crise sanitaire une place emblématique pas simplement pour « remonter le moral des troupes » mais pour offrir un horizon de sens.

Il est aussi une autre interrogation à aborder. Les problématiques écologiques, devant l’épidémie, ne sont pas lointaines. Les scientifiques l’affirment : le réchauffement climatique multipliera, à l’avenir, les pandémies. Notre monde n’est pas simplement un « stock » ou un « décor » ! Nous avons à le recevoir comme un don. De ce point de vue, l’encyclique du pape François, Laudato si, nous convoque à la conversion écologique. Le cynisme de certains dirigeants ne doit pas nous décourager. Comment allons-nous nous sensibiliser les uns les autres ? Le temps consacré aux plus fragiles, nos rythmes de vie, la maltraitance de la terre, de la biodiversité et de la production… Une fois la crise sanitaire passée, ces questions et bien d’autres encore nous inviteront à refuser l’amnésie et les processus d’échappement. Rappelons aussi que le Christ ressuscité est pris, au matin de Pâques, pour un jardinier ! J’y vois un nouvel appel, discret et magnifique, à respecter le Jardin que Dieu nous a confié !

Conviction

Cette conviction est simple. Elle peut même se résumer en une phrase : il nous faut garder foi en l’avenir mais avec un appel à entendre : vivre dans une sobriété heureuse. Cette grande cause, personnelle et collective, n’est pas une sorte de retour en arrière mais une expérience joyeuse à vivre pour aujourd’hui. Comment allons-nous vivre une humanité plus simple et plus frugale, plus respectueuse de la terre avec probablement moins de biens mais plus de liens ? Comment allons-nous transformer nos besoins ? Cet appel, à la fois spirituel et évangélique, est prophétique ! La sobriété heureuse s’expérimente. Elle nous tourne vers la sauvegarde de la terre et des êtres vivants. Elle nous redit aussi combien le climat est un bien commun et que nous n’avons qu’une seule Maison commune.

Il n’y a pas d’amour sans révoltes intérieures. Si Henri Dunant n’avait pas été bouleversé par le spectacle du champ de bataille de Solférino, la Croix-Rouge n’aurait pas existé. Si Raoul Follereau n’avait pas été révolté par la façon dont les lépreux étaient parqués dans des maladreries, la journée mondiale des lépreux n’existerait pas. Combien d’ordres religieux ont été fondés à partir de révoltes intérieures ? Que ferait aujourd’hui St Vincent de Paul devant les nouvelles pauvretés ? Que ferait St Louis-Marie Grignion de Monfort devant le sécularisme actuel ? Que feraient Sts Louis et Zélie Martin au service de la vie, de la famille et de la fidélité ? Que ferait Mgr Boudon devant les défis de l’éducation ? Qu’inventeraient-ils ? Devant cette pandémie qu’allons-nous, à notre tour, initier ? Le combat contre le Covid-19 va certainement accélérer la recherche, la coopération scientifique et l’élaboration d’un plan d’État au service de nos hôpitaux. Mais suscitera-t-il une confiance renouvelée en l’avenir avec l’appel impérieux à vivre une sobriété heureuse ? Cet enjeu n’est pas d’abord une consigne redoutable mais une promesse…

Tous, nous sommes désormais tournés vers le 11 mai… Jour d’un déconfinement dont on sait qu’il ne sera que très progressif et nous appellera, encore et encore, à la vigilance et à la responsabilité. Sans oublier cette date, les chrétiens sont aussi orientés vers un autre jour, celui de la Pentecôte, cinquante jours après Pâques. L’Esprit-Saint, lui, n’est pas confiné ! Il est offert à chacun et à nos communautés chrétiennes, à l’Église et au monde. Puissions-nous demander à l’Esprit de Pentecôte de venir renouveler la face de la terre, apaiser les cœurs et éclairer les réponses à notre question : que nous est-il donc arrivé ?

+ Benoit Bertrand
   Évêque de Mende   

Information

En cette période de confinement où nous ne pouvons nous rassembler pour célébrer l’Eucharistie, Préparons Dimanche est une émission diocésaine diffusée sur RCF Lozère et disponible également en version PDF.

Préparons Dimanche est une méditation de l’Évangile du dimanche. Une aide précieuse pour mieux goûter la Parole.

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