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Flash Conférence des évêques de France

Déclaration

Le Conseil permanent de la Conférence des évêques de France, réuni les 6, 7 et 8 janvier 2020, tient à exprimer son inquiétude devant le projet de révision des lois de bioéthique dont la discussion au Sénat se prépare

Dans l’état actuel du projet de loi, trois points particuliers engageraient encore davantage notre société française dans des contradictions insolubles. S’ils étaient adoptés définitivement, ils témoigneraient d’une grave méprise quant à ce qu’est l’éthique, méprise qui, si elle n’était pas clarifiée, serait de l’ordre de l’insouciance pour l’avenir.

1. Soumettre, comme le veut la loi, l’engendrement par PMA d’un nouvel être humain à un « projet parental » est discutable. Le pouvoir ainsi reconnu aux parents ne risque-t-il pas de devenir absolu ? Comment le projet de loi va-t-il exprimer la pleine reconnaissance du droit de l’enfant qui est une « personne » ? En effet, établir des critères applicables aux adultes qui veulent devenir parents pour autoriser ou non ceux-ci à bénéficier d’une technique d’AMP ne suffira pas à garantir une prise en compte suffisante de la dignité de l’enfant. Le respect de l’enfant devrait être la considération première.

2. La légalisation de la filiation sans père ni ascendance paternelle et de la maternité par simple déclaration de volonté, devant le notaire, sans que la femme vive la gestation, met en œuvre « l’invraisemblable », ont pu dire certains. Est-il juste d’entraîner la société dans cet engrenage ? Notre République est basée sur le respect de la conscience. Cela ne commande-t-il pas de prévoir le recours à la l’objection de conscience pour ceux et celles, les notaires par exemple, qui se refuseraient, en conscience, à être engagés malgré eux dans la réalisation de cet « invraisemblable » ? Cette clause de conscience s’impose aussi à propos de l’IMG. Sans une telle expression dans la loi du respect de la conscience de chacun, n’irions-nous pas vers la mise en place d’une police de la pensée, contraire à notre liberté démocratique ?

3. L’extension du diagnostic pré-implantatoire ouvre la voie à une sélection accrue des enfants à naître, sélection que notre pays professe pourtant de refuser en souhaitant une société inclusive. Un « eugénisme libéral », dépendant de la décision des parents potentiels ou du parent potentiel, serait ainsi toléré. Des parents ayant un enfant portant une maladie génétique nous alertent publiquement sur la « déshumanisation » que produirait un tel tri sélectif. Vouloir l’enfant sans aucun variant génétique est non seulement une illusion, mais ce serait aussi « déshumaniser » notre humanité !

Ces trois points sont significatifs de la fuite en avant dans laquelle sont prises nos sociétés occidentales soumises au libéralisme et aux lois du marché : les désirs individuels y sont exacerbés par l’apparente satisfaction que la conjonction des techniques médicales et juridiques semble promettre.

Nous remercions toutes celles et tous ceux qui prennent au sérieux les enjeux de la loi en discussion. Nous saluons les parlementaires qui travaillent à mettre de la lucidité et du bon sens éthique à propos de l’humain dans le texte de la loi. Nous encourageons les citoyens inquiets à faire connaître leurs réserves et à exprimer leurs points de vue. Nous redisons que tout enfant humain est appelé à grandir dans le déploiement de sa liberté et dans le respect de sa dignité, en communion avec tous les autres, et cela tout au long de sa vie, quelle que soit son origine ethnique ou sociale, sa religion ou son absence de religion et son orientation sexuelle. Aucun être humain ne peut en traiter un autre comme un objet.

Le Conseil permanent de la Conférence des évêques de France
Le 13 janvier 2020

Mgr Éric de Moulins-Beaufort, archevêque de Reims, Président de la CEF,
Mgr Dominique Blanchet, évêque de Belfort-Montbéliard, vice-président de la CEF,
Mgr Olivier Leborgne, évêque d’Amiens, vice-président de la CEF,
Mgr Michel Aupetit, archevêque de Paris,
Mgr Jean-Pierre Batut, évêque de Blois,
Mgr Jean-Marc Eychenne, évêque de Pamiers,
Mgr Dominique Lebrun, archevêque de Rouen,
Mgr Philippe Mousset, évêque de Périgueux,
Mgr Matthieu Rougé, évêque de Nanterre,
Mgr Pascal Wintzer, archevêque de Poitiers.

Flash

Projet de loi sur la bioéthique,
l’évêque de Mende dit sa forte préoccupation

Tout le monde a le droit d’exprimer son opinion. Je décide de le faire publiquement. Avec les évêques de France, avec des personnes croyantes ou non, je souhaite dire combien le projet de révision des lois de bioéthique me préoccupe fortement. Bioéthique et société, que ferons-nous de l’homme ? Les enjeux sont immenses. Il convient de nous les approprier. Comment accompagner fraternellement tout en portant un regard lucide devant des situations souvent complexes et douloureuses ? Les échanges sont certes peu confortables mais ô combien nécessaires.

Avec le Président de la Conférence des évêques de France, j’entends la souffrance des femmes homosexuelles qui ne peuvent accueillir la vie ; je comprends aussi celle des hommes homosexuels qui se trouvent dans cette situation de manque. Mais le désir d’enfant ne peut devenir un droit à l’enfant. La puissance de la volonté des adultes respecte-elle aussi le droit des enfants ? S’il s’agit d’apprécier et d’encourager les progrès des sciences et des techniques qui honorent notre humanité – et nous devons dire notre profonde gratitude aux chercheurs -, il nous faut aussi reconnaître que certains pourraient la blesser et l’altérer. Tout ce qui est techniquement réalisable n’est pas licite et recommandable : que ferons-nous de l’homme ?

Les questions fondamentales sont posées. Celle de la filiation : avec la PMA pour toutes, un enfant peut-il être juridiquement et techniquement privé de père au point que celui-ci devienne comme « superflu » ? Celles des recherches et des manipulations sur l’embryon : le petit de l’homme peut-il être instrumentalisé avec, on le sait, la pression des puissances libérales et financières ? Celle de la marchandisation du corps humain : la GPA, gestation pour autrui, est désormais à l’horizon. Accepter aujourd’hui la PMA pour toutes les femmes obligera, dans un temps assez bref, à autoriser demain la GPA pour répondre techniquement à d’autres souffrances. Sylviane Agacinski, féministe engagée, a pris position : « Sous couvert de nouveaux droits et d’une quête éperdue d’égalité peut naître une nouvelle forme d’oppression ». Avec ces questions et d’autres encore, je m’interroge : que ferons-nous de l’homme ?

Chers amis, croyants ou non, il nous faut mieux comprendre les risques et enjeux de ce projet de loi sur la bioéthique. Des documents sont à votre disposition : articles, fiches, ouvrages, vidéos… Certains d’entre nous seront convaincus qu’ils doivent manifester, d’autres décideront d’écrire aux élus de la Nation, d’autres encore seront conduits à suivre un module de formation sur les questions liées à la bioéthique et à expliquer leur position… La vie est un mystère grand et beau, les progrès des sciences sont respectables, les souffrances doivent être assurément accompagnées au mieux. Exprimer son désaccord avec un tel projet de loi, c’est aussi choisir, aujourd’hui, le type de société que nous désirons pour demain : que ferons-nous de l’homme ? 

+ Benoit Bertrand
  Évêque de Mende