Église catholique en Lozère

03 décembre 2021 | 

Récit d’un jeune Lozérien invité à l’Assemblée plénière

A Lourdes, l’Église prend un chemin synodal de conversion face aux abus sexuels

Photos Louis-Marie Perret

Du 2 au 8 novembre se tenait l’Assemblée plénière des évêques de France à Lourdes, où étaient réunis 107 évêques dont Monseigneur Benoît Bertand, actuel évêque de Mende, Monseigneur François Jacolin, ancien évêque de Mende (2007-2018) et actuel évêque de Luçon, mais aussi Monseigneur Robert Le Gall, ancien évêque de notre diocèse (2002 à 2006) et actuel archevêque de Toulouse.

Les évêques, après avoir reconnu lors de leur dernière assemblée en mars 2021 leur responsabilité en tant qu’évêques, ont fait un pas décisif de plus en reconnaissant :

  • La responsabilité institutionnelle de l’Église dans les violences qu’ont subi tant de personnes victimes ;
  • La dimension systémique de ces violences, au sens où elles ne sont pas le fait d’individus isolés mais ont été rendues possible par un contexte global. Des fonctionnements, des mentalités, des pratiques au sein de l’Église catholique ont permis que ces actes se perpétuent et ont empêché qu’ils soient dénoncés et sanctionnés ;
  • Que ces deux derniers points entraînent un devoir de justice et de réparation, qui ouvre la possibilité de demander pardon en vérité.

A la suite de cet acte fort, les 120 évêques ont accueilli dans leur hémicycle de Lourdes 120 invités, représentant la diversité de l’Église, pour les aider à recevoir le rapport de la Commission indépendante sur les abus sexuels dans l’Église (Ciase) et discerner avec eux les suites à donner. Parmi eux, deux Lozériens, Jean-Marc Aphaule, Directeur diocésain de l’Enseignement catholique en Lozère, et Louis-Marie Perret, étudiant engagé dans plusieurs mouvements de jeunesse.

Le travail commença par un temps de partage évêques-invités en groupe de dix, où chacun pu exprimer sans tabou son ressenti, la façon dont il a reçu le rapport de la Ciase et proposer les pistes de transformation de l’Église à entreprendre. Loin de se positionner contre le rapport, les évêques se sont très largement dit soulagés d’avoir enfin un état des lieux clair des violences et abus sexuels dans l’Église.

A la suite de ces échanges, les invités ont constitué huit groupes de travail pour réfléchir à la mise en œuvre des recommandations du rapport Sauvé : cellules d’écoutes dans chaque diocèse, prévention et formation, doctrine morale de l’Église, droit canonique et justice (création d’un tribunal pénal national canonique), responsabilité et reconnaissance, financement de la démarche de justice restauratrice (indemnisation), gouvernance et contrôle interne, suivi des mesures. La présence de victimes et de la commission Christnacht[1] ont été très appréciée, quoique les invités ont pu souligner que les groupes de travail n’avaient donné ni le temps ni la configuration pour faire émerger un consensus fort et des propositions pleinement opérationnelles.

Les conclusions de ces ateliers ont ensuite été présentées en plénière à tous les évêques. L’enjeu pour eux, à leur retour dans leurs diocèses, sera la mise en œuvre des mesures adoptées, pour laquelle ils devront s’entourer de laïcs compétents.

Lors de cette restitution, le Président du CLER, Claude Fruchart, a alerté : «nous sommes à un carrefour, il faut prendre le temps de regarder à droite et à gauche avant de traverser. Il faut notamment distinguer l’action d’hier, de réparation du passé, et l’action de construction de l’avenir ».

A la suite de ces temps de travail, samedi 6 novembre au matin, eu lieu un temps mémoriel, avec le dévoilement d’une photo prise par une victime, montrant une sculpture représentant un enfant pleurant. Cette image commémorative a été installé sur l’un des murs extérieurs de l’hémicycle de la conférence des évêques de France. Les évêques la verront donc à chaque fois qu’ils viendront dans l’hémicycle lors de leurs deux sessions annuelles à Lourdes. Le Président de la conférence des évêques des France (CEF), Monseigneur Eric de Moulins-Beaufort, a notamment interrogé la violence subie : « Petit garçon qui t’en étais allé servir la messe, plein de fierté, petite fille qui allais te confesser le cœur plein d’espérance du pardon, jeune garçon, jeune fille, allant tout enthousiaste à l’aumônerie ou au camp scout. Qui donc a osé souiller votre corps de ses grosses mains ? Qui a susurré à votre oreille des mots que vous ignoriez ? Qui vous a imposé cette odeur qui vous imprègne ? Qui a fait de vous sa chose, tout en prétendant être votre meilleur ami ? Qui vous a entraîné dans son secret honteux ? »

Les évêques et responsables ecclésiaux ont ensuite rejoint l’esplanade de Lourdes et, seuls, devant la Croix, scrutés par les caméras, ont écouté deux personnes victimes lire en entier le Psaume 21, celui que Jésus commence à réciter sur la Croix dans l’évangile de Mathieu, « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? »

Les évêques sont attendus pour des décisions importantes, et cette large consultation, avec 120 invités, préfigure le synode sur la synodalité. Cette démarche, ouverte par le pape François et fondée sur les trois axes que sont la communion, la participation et la mission, devrait s’ouvrir prochainement sur notre diocèse de Mende.

Louis-Marie Perret

[1] La commission Christnacht a pour mission de conseiller les évêques dans l’évaluation des situations de prêtres suspectés ou convaincus d’actes de pédophilie, afin de les éclairer sur les missions pouvant être confiées à ces prêtres sans faire courir de risques à des mineurs.