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La rencontre avec les familles yézidies accueillies sur Saint-Chély a été conduite par la Providence.

Voici le récit de Marguerite Portal :

Tout a débuté à la messe de 11h à St-Chély-d’Apcher, en cette fête du 15 août 2020.

 

Je remplace une amie pour l’animation de la messe. Au moment de la prière universelle, je propose une intention pour le Liban, si éprouvé par l’explosion terrible qui vient d’avoir lieu à Beyrouth ! A la fin de la messe, une jeune femme s’approche et demande à me parler. Elle est Libanaise, très émue de voir que dans un coin aussi perdu que la Lozère, on se préoccupe du Liban ! Elle me demande si j’accepte d’être filmée en vidéo (vive le portable !) pour envoyer un message d’amitié et de prière à sa famille et à ses amis de Beyrouth. Comment refuser ?… J’apprends ensuite la raison de son arrivée, deux jours plus tôt : elle est « missionnée » par le Ministère de la Culture pour travailler, pendant un mois avec le groupe de Femmes yézidies, accueillies sur la commune et avec Habitat et Humanisme qui les suit depuis un an. Elle doit réaliser une exposition pour les faire connaître avec leur culture propre et ainsi amorcer un contact avec la population.

Elle est architecte-artiste et vient de Paris où elle a fait ses études. Bloquée en France par le Covid 19, elle a répondu à cette demande du Ministère qui l’a envoyée en Lozère. Elle ne connaissait même pas l’existence de la Lozère et semble un peu déroutée dans ce coin perdu où elle ne connaît personne. Devant son désarroi, je lui propose de la retrouver en fin d’après-midi pour lui faire découvrir notre petite cité.

Au fil des heures passées à arpenter les rues de St-Chély pour découvrir son histoire et ses différentes facettes, j’en apprendrais davantage sur la mission qui lui est confiée et comment je pourrais lui venir en aide. Nous nous reverrons à maintes reprises, jusqu’à ce jour où elle m’a proposée de rencontrer ces femmes ainsi que l’équipe d’Habitat et Humanisme. Je m’y suis rendue avec une autre personne de la Paroisse et nous avons été accueillies à bras ouvert par l’équipe Habitat et Humanisme, et plus timidement par ce groupe de femmes. Après une présentation réciproque, la glace a commencé à fondre et les sourires amicaux à s’échanger ! Et aussi nos adresses et téléphones…

Mariam, Naam, Kozi, Azeema, Namira, Zitoun, Mahamat, autant de sonorités peu familières à nos oreilles et qu’il faudra retenir !

Deux jours plus tard, tandis qu’avec mon amie Jeanine, nous préparions la Chapelle N-D de Lourdes pour fêter le départ d’un prêtre vers sa nouvelle affectation, nos nouvelles amies sont passées et voyant la porte ouverte, sont venues nous retrouver, avec Alain, le responsable de Habitat et Humanisme. Celui-ci me propose de les emmener à la crypte, il pense que « ça leur plaira beaucoup ». Et là, avec Jeanine, nous avons assisté à une scène étonnante : visiblement à l’aise, dans ce lieu – Jésus et Marie sont présents dans leur tradition – elles ont commencé à allumer les bougies et lumignons laissés par les enfants du caté. Très recueillies et émues, elles ont touché la statue de la Vierge, dans un geste de vénération et ont voulu prendre des photos. La scène s’est prolongée un long moment, que nous nous sommes bien gardées d’interrompre. En partant l’une des femmes a demandé à Sara si elles pourraient venir faire une cérémonie en ce lieu le 3 août prochain. Alain me glisse discrètement que c’est la date anniversaire du massacre de leurs époux. Jusqu’ici elles n’ont pas pu se retrouver en un lieu sacré pour commémorer cet évènement et sont très désireuses de le faire ici.

Temps de recueillement dans la crypte N-D de Lourdes, le 4 septembre 2020

Temps de recueillement dans la crypte N-D de Lourdes, le 4 septembre 2020

Nous retenons cette demande et nous décidons avec Jeanine, d’inviter d’autres membres de la paroisse à se joindre à nous, le moment venu, pour les accompagner dans cette « commémoration » et prier avec elles.

Sara prépare activement l’exposition et devant son embarras pour trouver un lieu adéquat, nous lui avons proposé les locaux de la chapelle, avec l’accord des prêtres, pour faire cette expo. L’équipe d’Habitat et Humanisme se félicite de ces nouveaux liens, car leur mission va s’achever en novembre prochain. A nous de prendre le relais et plusieurs personnes de la paroisse sont intéressées pour le faire, à la grande joie de ces dames, qui ont retrouvé des « amies » et nous le manifestent chaque fois que nous les rencontrons, avec force gestes de fraternité, « dans le respect des gestes sanitaires en vigueur», bien sûr.

Marguerite Portal

Sara Harakat, artiste Libanaise
Temps de recueillement dans la crypte N-D de Lourdes, le 4 septembre 2020