Église catholique en Lozère
10 avril 2024 |

La santé de vos prêtres, une enquête nécessaire

Saisi par un certain nombre de signaux d’alerte parmi les prêtres, le Conseil permanent de la Conférence épiscopale a décidé d’engager une étude pour apprécier l’état de santé physique et morale des prêtres diocésains, âgés de moins 75 ans en activité, qu’ils soient français ou Fidei donum. Après consultation de plusieurs cabinets indépendants, l’étude fut confiée à Icone Mediation Santé qui a réalisé une enquête épidémiologique, exhaustive et scientifique par questionnaire sous la supervision d’un comité de pilotage que j’ai eu le privilège de présider.

Il convenait de faire une sorte d’état des lieux, de proposer des préconisations aux diocèses et aux instances de santé et de manifester aux prêtres diocésains la sollicitude des évêques. Au total, les réponses de 42% des prêtres de la population concernée ont pu être recueillies et analysées. Ces résultats représentent une source d’information riche et exploitable. « Vous avez suscité l’intérêt » ont dit les enquêteurs. On notera que la pandémie et le confinement ont impacté le programme des relances et conduit le comité de pilotage à prolonger la période de consultation. Quels sont les résultats et les points d’attention de cette enquête nécessaire ?

93% des prêtres qui ont répondu se disent être globalement en bonne santé, fait d’autant plus marquant que cette enquête était anonyme. En moyenne, le nombre d’heures de travail des prêtres est de 57,7 h par semaine. L’enquête réalisée par l’ORS en 2015 auprès de l’ensemble des médecins généralistes du Limousin donne une moyenne de 56 heures, chiffre proche de celui des prêtres répondants. Le suivi médical des prêtres est meilleur que celui de la population totale (pour les indicateurs connus) : 64% ont participé à un examen médical au cours des 5 dernières années, 48% ont pratiqué un dépistage du cancer colorectal (contre 29% pour la population totale), 66% sont vaccinés contre la grippe (contre 50%), 76% ont consulté un dentiste depuis moins de 2 ans !

63% des prêtres répondants sont en surpoids ou obésité (Indice de masse corporelle supérieur à 25), contre 46% dans la population générale française. Un peu plus de 88 % des prêtres interrogés déclarent être non-fumeurs. Les fumeurs sont moins nombreux que sur la population totale : 12% contre 28% pour les hommes de plus de 15 ans. Près de 43% des prêtres répondants sont dans une situation dite de « mésusage » de l’alcool mais se situent dans le bas de la moyenne des hommes français. Cela évite d’en faire un problème spécifique. Mais une vigilance sur ce sujet doit toujours être de mise.

Près de 45% des prêtres ont présenté au moins 2 problèmes de santé au cours des 12 derniers mois. Les pathologies les plus citées sont : douleurs ou affections chroniques du dos ou du bas du dos (31%), hypertension artérielle (21,4%), douleurs ou affections chroniques de la nuque ou des cervicales (18,7%), arthrose (17%). En comparant aux données de l’étude de la DRESS, les pathologies les plus citées sont globalement les mêmes.

Cette enquête fait apparaître enfin une sorte de prévalence de la fatigue mentale et psychologique. 17,6% des prêtres de l’étude présentent des symptômes dépressifs, chiffre supérieur aux 5,2% observés chez les hommes de la population générale âgés de plus de 15 ans. Les symptômes sont similaires en fonction du secteur d’exercice ou du nombre de ministères exercés. Globalement, plus ils sont seuls, sans aide-ménagère et en milieu rural, plus la fatigue psychologique semble être forte. Les prêtres sont extrêmement pudiques et parlent peu d’eux-mêmes. Ils sont attentifs aux autres et généreux, donnés et missionnaires. Nous le savons aussi, il existe des pathologies du don de soi… Ceci est un réel point d’attention qui rappelle à tous les exigences de la vie fraternelle.

Cette enquête était, en France, une première. « La première chose qui est demandée à un prêtre, disait saint Jean-Paul II, c’est, dans la fidélité, de continuer à croire en son propre mystère ». Cet acte de foi se traduit aussi par le soin qu’il accorde à sa santé physique, psychologique et spirituelle. Il y va de son unité de vie et de l’attention fraternelle des évêques et de l’ensemble du Peuple de Dieu.

+ Benoît BERTRAND
Évêque de Mende