Église catholique en Lozère
24 janvier 2026 |

Fin de vie : les dangers d’une rupture anthropologique

Le Sénat examine, du 20 au 26 janvier 2026, une proposition de loi sur l’ « aide à mourir ». S’il était adopté le 28 janvier, ce texte, parmi les plus permissifs au monde, menacerait les plus fragiles et remettrait en cause le respect dû à toute vie humaine.

L’Église catholique en France, par la voix de ses évêques, ses associations de solidarité, et ses aumôniers agissant auprès des personnes malades, n’a eu de cesse d’alerter sur la menace qui pèse sur les plus fragiles et sur la mise en question du respect dû à toute vie humaine.

La Conférence des responsables de culte en France (CRCF) – catholique, protestant, orthodoxe, juif, musulman et bouddhiste – alerte solennellement sur les graves dérives quimplique la proposition de loi introduisant dans la législation française un « droit à laide à mourir ». Derrière une apparente volonté de compassion et dencadrement, ce texte opère un basculement radical : il introduit légalement la possibilité dadministrer la mort – par suicide assisté ou euthanasie – en bouleversant profondément les fondements de l’éthique médicale et sociale.

1. Un langage qui travestit la réalité

La terminologie choisie – « aide à mourir » – masque la nature véritable de lacte : ladministration volontaire dun produit létal. Ce vocabulaire euphémisant, que la Haute Autorité de Santé elle-même qualifie de source de confusion éthique, dénature les mots pour désamorcer la gravité morale de lacte. Qualifier une mort administrée de « naturelle » est une contrevérité qui vise à anesthésier les consciences et affaiblir le débat public.

2. Une rupture avec l’essence du soin

Lintégration de laide à mourir dans le Code de la santé publique constitue un dévoiement de la médecine. Elle heurte frontalement le serment dHippocrate et le principe fondamental du soin, qui vise à soulager, sans jamais tuer. De nombreux soignants expriment leur désarroi : être chargés de provoquer la mort dun patient constitue une transgression radicale de leur mission, et risque dinstaurer une culture de la mort là où la médecine sest toujours construite comme un service de soin à la vie.

3. Des garanties éthiques et procédurales gravement insuffisantes

Le texte actuel permet à un seul médecin dautoriser un acte létal, sans procédure collégiale, ni évaluation psychiatrique. La Haute Autorité de Santé, dans ses avis successifs, insiste pourtant sur la nécessité absolue dun discernement partagé, pluridisciplinaire, long et encadré. Le délai dinstruction de 15 jours suivi, le cas échéant, dun délai de réflexion de seulement 48 heures – voire moins – va à lencontre de tous les standards internationaux. Cette précipitation est indigne dune décision irréversible et de la gravité de lenjeu.

4. Une menace directe pour les plus vulnérables

Linstauration de ce « droit » risque dexercer une pression sourde mais réelle sur les personnes âgées, malades ou en situation de handicap. La seule existence dune telle option peut induire chez des patients une culpabilité toxique – celle d’« être un fardeau ». Dans les pays où leuthanasie a été légalisée, les demandes ne cessent daugmenter, et on observe une baisse inquiétante de linvestissement dans les soins palliatifs. Ainsi la promesse dun accompagnement digne tend à seffacer derrière une option terminale présentée comme solution.

5. Une atteinte à l’équilibre entre autonomie et solidarité

La loi proposée consacre lautonomie individuelle au détriment des liens familiaux et sociaux. Elle érige lautodétermination individuelle en absolu en écartant toute information ou consultation de proches, de l’équipe soignante, et tout accompagnement spirituel ou psychologique. Ce faisant, elle ne tient aucun compte de la dimension relationnelle et interdépendante de lexistence humaine. Ce choix solitaire risque fort doccasionner des traumatismes et de blessures durables, notamment dans le cas dune découverte a posteriori du décès dun proche aidé au suicide ou euthanasié.

Un appel à la responsabilité politique humaine

La loi proposée consacre lautonomie individuelle au détriment des liens familiaux et sociaux. Elle érige lautodétermination individuelle en absolu en écartant toute information ou consultation de proches, de l’équipe soignante, et tout accompagnement spirituel ou psychologique. Ce faisant, elle ne tient aucun compte de la dimension relationnelle et interdépendante de lexistence humaine. Ce choix solitaire risque fort doccasionner des traumatismes et de blessures durables, notamment dans le cas dune découverte a posteriori du décès dun proche aidé au suicide ou euthanasié.

Antony Boussemart, Co-président de lUnion bouddhiste de France

Mgr Dimitrios, Président de lAssemblée des évêques orthodoxes de France

Chems-Eddine HafizRecteur de la Grande Mosquée de Paris

Haïm Korsia, Grand Rabbin de France

Pasteur Christian Krieger, Président de la Fédération protestante de France

Mgr Eric de Moulins-Beaufort, Président de la Conférence des évêques de France