Église catholique en Lozère
17 avril 2024 |

Fin de vie – Communiqué de Mgr Benoît Bertrand

La fin de vie, accompagner la vie jusqu’au bout ! – Communiqué de Mgr Benoît Bertrand

Après l’annonce par le Monsieur le Président de la République du contenu du Projet de loi sur la fin de vie, je tiens à exprimer, suite à de nombreux messages, mes profondes réserves. Dans cette « aide à mourir », je vois un tournant particulièrement préoccupant et dangereux. Il s’agit en réalité de provoquer la mort. Celles et ceux qui sont engagés dans le service fraternel des soins palliatifs sont stupéfaits.  Que l’on parle d’aide au suicide ou d’exception d’euthanasie, les questions sont vertigineuses et les débats peu confortables. Il faut nous positionner.

Nous n’oublions pas l’expérience toujours éprouvante du travail du trépas, l’épreuve des personnes gravement malades ou handicapées, la solitude des soignants, le désarroi de certaines familles mais aussi le manque de structures appropriées. Les interrogations existentielles ne manquent pas : accompagner vers la mort, mais comment ? Qui a le pouvoir sur la vie et sur la mort ? Qu’est-ce que le droit de mourir dans la dignité ? Mais alors qu’est-ce que la dignité inaliénable ? Quelles seraient les répercussions d’une exception, dépénalisation, ou légalisation de l’euthanasie ?

Devant l’homme en souffrance, l’humanité a, peu à peu, laissé émerger une attitude de protection : « Tu ne tueras pas ». C’est aussi, pour les chrétiens, un commandement de Dieu. Il est présent dans le serment d’Hippocrate et présenté comme un interdit fondateur par le philosophe Emmanuel Levinas. Cet interdit est, en effet, au fondement de toute vie sociale respectueuse d’autrui, spécialement des plus faibles et de ceux qui en viennent à douter de la valeur de leur propre vie. Il est de la plus haute importance de ne pas affaiblir la force d’un tel repère. Assurément, la transgression de cet interdit en appellera d’autres. Tout cela est inquiétant. On se souvient encore des paroles fortes de Robert Badinter lorsqu’il s’opposait, lui aussi, à l’euthanasie : « Nul ne peut retirer la vie à autrui dans une démocratie ».

Dans le contexte mouvant de nos sociétés, et notamment au sujet de la loi sur la fin de vie, n’est-il pas notre mission, plutôt que de hâter la mort, d’accompagner fraternellement la vie humaine jusqu’au bout ?