Église catholique en Lozère
29 mai 2024 |

Éloge pour ceux qui nous nourrissent !

Cette année, les portes du Salon international de l’agriculture resteront hélas fermées. Crise sanitaire oblige ! Je me réjouissais pourtant de pouvoir, avec des milliers de visiteurs, rencontrer ces femmes et ces hommes, en particulier les Lozériens, qui nous nourrissent. J’aurais aimé dialoguer avec eux, partager leur passion et leurs inquiétudes, leur combat de tous les jours et les interroger sur les pressions subies, leur participation au développement du terroir, les rémunérations, la négociation de la PAC, le monde agricole du futur, leur désir du respect de l’environnement, leurs lieux et moments de ressourcement spirituel…

Agriculteurs, éleveurs, j’ose le dire : je vous admire ! Votre métier vous donne assurément de la joie : vous partagez la satisfaction de récoltes, vous travaillez au grand air ou à la ferme au milieu de troupeaux de l’Aubrac aux Cévennes, de la Margeride aux Causses, vous transmettez des savoirs, vous associez de plus jeunes générations, vous vous soutenez dans les détresses, vous développez des maillages avec l’aide d’organisations professionnelles, vous créez, partagez, vous nourrissez.

Vous travaillez entre ciel et terre ! « J’aime mes bêtes et j’aime ma terre » m’a dit l’un de vous. Mais dans la vie, les épreuves arrivent parfois en cascade : sécheresse, grêle, incendie, pandémie, nouveaux problèmes sanitaires, prédations, détérioration des cultures par la faune sauvage ou les campagnols, endettements insurmontables, vente en dessous des coûts de production, querelles de voisinage, dépression, drames familiaux… Là encore, des questions se bousculent : Comment en sortir par le haut ? Comment amorcer une transition ? Comment résister à la tentation du « toujours plus » entre agriculteurs voisins : plus de terres, plus d’animaux, plus gros tracteur ? Devant les difficultés éprouvées, comment faire appel et ne pas rester seuls ?

Dans ce contexte, des jeunes en Lozère demeurent motivés. Je les ai rencontrés à Marvejols au lycée agricole Terre Nouvelle. Ils sont prêts pour la grande aventure. Leur ardeur m’a édifié. Ils ont envie d’avancer et de trouver des solutions pour un cadre de vie intégrant davantage le repos, la famille et les loisirs. Ils désirent inventer devant de nouveaux défis : transformations, diversification, transmissions intergénérationnelles, meilleure prise en compte de l’environnement au quotidien… Beaucoup s’interrogent devant une planète mal en point et le malaise des sols. Il faut à la fois cultiver et protéger !

Et puis, il y a les « intermédiaires » entre agriculteurs et consommateurs avec un désir légitime de proximité, de contacts, de circuits plus courts… Ces jeunes éleveurs ou cultivateurs sont courageux et audacieux. Ils veulent travailler la terre avec leur tête, leur cœur et leurs mains. Bravo !

Les agricultrices et agriculteurs sont fiers et ils ont raison de l’être. Ils travaillent 14 heures par jours, n’aiment pas se plaindre, restent pudiques devant les agressions, les intimidations, l’agribashing ! Ils se battent durant des mois et des années… L’attrait du Bio est là avec, parfois au bout de cinq ans, des désenchantements et des aides qui peinent à arriver. Comment les aider, les soutenir et les remercier ? Exprimons-leur notre reconnaissance, nos agriculteurs travaillent bien. Poussons la porte de leur ferme. Allons les rencontrer. Un éloge ne suffit pas : mangeons local et mangeons frais ! Je souligne enfin la profonde et « connaturelle » proximité entre le monde de la terre et celui de l’Eglise ! Même fraternité et même Créateur…

+ Benoît BERTRAND
   Évêque de Mende