L’actualité m’invite à réfléchir sur le thème de la violence et de la foi. Alors que Vladimir Poutine est soutenu par le patriarche orthodoxe de Moscou dans sa guerre contre l’Ukraine, et que Donald Trump s’entoure de pasteurs évangéliques pour prier avec lui, que dire du lien entre la foi et la violence ?
C’est une question délicate tant, dans le passé, la foi a été associée à la violence et à la guerre : les croisades, les guerres de religion … La foi chrétienne serait-elle source de violence ?
Il ne vous a pas échappé, lors de la Semaine Sainte, qu’au moment de l’arrestation de Jésus dans le jardin des Oliviers, un des disciples, sort son épée et coupe l’oreille de Malchus, le serviteur du grand prêtre. Jésus guérit l’oreille et invective son disciple : « Remets ton épée à sa place, car tous ceux qui prennent l’épée périront par l’épée » (Mt 26,52). Ce même Jésus affirme dans les Béatitudes : « Heureux les artisans de paix, ils seront appelés fils de Dieu » (Mt 5,9). Si nous parcourons plus largement la Bible, nous pouvons voir, schématiquement, plusieurs étapes. La première est celle de la loi du talion « œil pour œil, dent pour dent » (Ex 21,24). Si cela nous semble aujourd’hui barbare, elle représentait déjà un pas important de l’imitation de la violence : la réplique doit être proportionnée à l’outrage subi. Jésus va plus loin : « Si quelqu’un te gifle sur la joue droite, tends-lui aussi l’autre » (Mt 5,39). et il invite même à aimer ses ennemis. Comment comprendre ces phrases de Jésus qui souvent apparaissent comme une forme de faiblesse, voire de lâcheté ? Tout d’abord une précision sur le verbe aimer : l’étymologie hébraïque du mot signifie « vouloir le bien de l’autre ». Ainsi « aimer ses ennemis » ne signifie pas partir en vacances avec eux, mais leur vouloir du bien. Par ailleurs, la violence est tapie en chacun de nous. Elle est au seuil de notre porte et nécessite, pour chacun, d’être maîtrisée afin de ne pas nous envahir. Elle peut s’exprimer de multiples manières : par la parole, par les gestes… c’est une tentation de résoudre nos différends en y recourant. Mais la violence entraine la violence : « Qui sème le vent récolte la tempête » (Os 8,7).

La seule issue est de briser ce cercle vicieux en trouvant une autre manière de régler un différend. Pour cela, il est nécessaire que l’un des protagonistes accepte de ne pas répliquer. Cela demande une grande force morale et trouver le chemin du dialogue afin d’aboutir à un compromis où personne ne se sent humilié. En effet, l’humiliation est ferment de revanche et donc de violence.
Le Christ est celui qui a refusé d’entrer dans le cercle de la violence qui a pris sur lui la violence pour en libérer l’humanité et ainsi ouvrir un chemin de paix, un chemin de vie. C’est le grand message de Pâques. Le premier mot du ressuscité est : « La paix soit avec vous ! ». Jésus est le Verbe incarné, c’est-à-dire la parole incarnée. Une parole qui dénonce le mal et la violence, et qui annonce la réconciliation avec Dieu et entre les hommes.
S’il y a eu un temps où l’Eglise a voulu convertir de gré ou de force les païens, elle ne s’est jamais, pour autant, départie du message de paix du Christ.
L’utilisation de la religion chrétienne pour justifier la guerre est une instrumentalisation aujourd’hui dénoncée par de multiples voix. Ainsi, le patriarche de Constantinople, lors d’une conférence devant l’épiscopat français en novembre 2025, affirmait : « En agressant Kiev, Moscou a engagé, selon ses propres termes, une “croisade” qui ligue les pouvoirs temporel et spirituel dans une guerre injuste, d’une cruauté insensée […]. Cette nouvelle alliance entre le trône et l’autel est fondamentalement contraire à l’Évangile. »
Notre Pape Léon dans sa première prise de parole après son élection a fait de la paix un axe central de son pontificat : « une paix désarmée et désarmante » et il ne cesse depuis de faire appel à cette paix, une paix fondée sur le dialogue et non imposée par la force. Dans son homélie de la fête des Rameaux, il insiste : « Frères et sœurs, voici notre Dieu : Jésus, Roi de la paix. Un Dieu qui refuse la guerre, que personne ne peut invoquer pour justifier la guerre, qui n’écoute pas la prière de ceux qui font la guerre et rejette celle-ci en disant : “Vous avez beau multiplier les prières, je n’écoute pas : vos mains sont pleines de sang” (Is 1,15). »
+ Mgr Jean Pelletier,
Évêque de Mende