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P1070979-2PÈLERINAGE EN TERRE SAINTE

DU 27 AVRIL AU 8 MAI 2017

Que dire de ce beau pèlerinage en Terre Sainte ? Comment relater la multitude des choses vues ou évoquées, ces moments vécus et partagés et tous ces souvenirs qu’il a fait naître ?

Nous étions 34, venus des diocèses de Mende et de Montpellier, 32 pèlerins accompagnés par les deux directeurs de pèlerinage respectifs, le Père Pierre REMISE et Alain JEREZ. Peu se connaissaient au départ mais le vivre ensemble brisera vite la glace. Nos motivations étaient différentes, parfois douloureusement personnelles, mais nous partagions tous le désir de marcher sur les pas de Jésus. Du reste, le programme semblait tout droit échappé des pages de l’Ancien et surtout du Nouveau Testament.

Tout a commencé le 27 avril, de très bonne heure pour beaucoup d’entre nous. Départ en car, gracieusement et aimablement piloté par Daniel HUGON, à 4 heures du matin de Mende. Prochaine halte : Montpellier où le café et les gâteaux offerts par Marthe, l’épouse d’Alain, ont été les bienvenus. L’essentiel du groupe était maintenant constitué ; les deux derniers pèlerins nous ont rejoints à l’aéroport de Marseille tandis que notre chauffeur remontait seul en Lozère.

La journée a été longue -un tantinet fatigante- même si le vol Turkish Airlines vers Tel Aviv, via Istanbul, s’est déroulé sans incident. Une fois posés et accueillis par Olivier MILLER, notre guide, deux heures de trajet en autocar nous attendaient encore en direction d’Arad, dans le désert du Néguev.

On ne peut pas résumer en quelques lignes le vécu de 12 jours. Essayons seulement d’en tracer les contours avant de livrer plus tard les impressions des participants.

Évoquons en premier lieu la journée du pèlerin dans ces grandes lignes. Bien évidemment, selon les lieux et la disponibilité des intervenants ou des sites, des variantes apparaissaient. Mais, globalement, la journée débutait toujours par la prière du matin, puis alternaient rencontres et visites, ces dernières étant confortées par les interventions d’Olivier, d’Alain et de Pierre. Le premier -qui vit en Israël depuis 1976- nous apportait plutôt son éclairage historique, géographique et sociétal, Alain -diacre permanent- et bien sûr le Père Remise leur épaisseur spirituelle. Une messe couronnait le programme quotidien, clôturé par la prière du soir. Nous étions hébergés -bien, du reste- et nourris dans des maisons d’accueil catholiques la plupart du temps, à l’exception de l’hôtel Arad, ville juive de la première heure aménagée après l’indépendance, ou de Neve Shalom, kibboutz issu d’un rêve de paix entre juifs, chrétiens et musulmans où nous avons passé la très courte dernière nuit. Sur les conseils du guide, nous nous levions généralement tôt, pour éviter la trop grosse chaleur de l’après-midi et anticiper « l’invasion » des sites par les cars de pèlerins ou touristes venus de tous les horizons de la terre…On nous avait par ailleurs prévenu : les sites visités sont quelquefois supposés être les sites où le Christ a laissé son empreinte mais il arrive que la tradition fasse état de plusieurs sites pour le même événement. Mais, est-ce vraiment de nature à changer notre relation à Dieu ?

Pour donner ensuite une idée du périple, disons que notre parcours a débuté volontairement par un passage au désert, marche méditative sur les traces d’Abraham, des Israélites et de Moïse ; la vue des grands cratères de la région (Makhtesh Ramon) a également permis l’évocation de la Genèse. Le site archéologique d’Avdat, cité nabatéenne en ruine, a été le cadre de notre émouvante première messe en plein air. A suivi, le lendemain, la découverte de la mer morte, ponctuée d’une visite de Massada, -ce saisissant nid d’aigle construit par Hérode et haut lieu de la résistance juive-, et de l’ancien monastère des Esséniens, Qumran, où ont été découverts les célèbres manuscrits de la mer morte. A 420m en dessous du niveau de la mer, il faisait chaud et la plupart d’entre nous ont trempé les pieds et les mains dans la Mer Morte, malmenée par le peu de respect de l’Homme pour la Création. Seconde messe en plein air sur un site remarquable, celui du baptême du Christ, à Qasr El Yahoud. Tandis que Pierre assisté d’Alain et de Gabriel, le plus jeune d’entre nous qui, du haut de ses 11 ans, servait la messe, une colombe s’est posée sur une colonne derrière l’autel. Inutile de préciser que nous y avons tous vu un signe de l’Esprit ! La Jordanie était à portée de main, de l’autre côté du Jourdain. C’est dans cette petite rivière limoneuse que nous avons assisté à de nombreux baptêmes avec immersion totale de Chrétiens de toute confession, vêtus de blanc. La poursuite vers Jéricho a permis d’évoquer la conquête de Josué, la conversion de Zachée et la guérison de Bartimée et, au pied du mont de la tentation, les 40 jours de jeûne de Jésus. Bethléem nous attendait en Cisjordanie. Cela supposait de franchir le mur de séparation tristement célèbre. Après la faible densité humaine du désert, cette forte concentration de bâti sautait aux yeux. Si l’on en doutait encore, la religion s’affiche comme un signe distinctif : sur les maisons des Chrétiens, des pierres gravées avec des croix ou des silhouettes de Saint Georges servent de fronton. Simples constatations que des rencontres ou des commentaires ultérieurs fourniront l’occasion d’approfondir. Après l’installation dans la merveilleuse maison d’hôtes des sœurs de Saint Vincent, un moment fort : la visite de la crèche où ces religieuses recueillent les enfants abandonnés de Bethléem. C’est le lendemain soir que l’une d’entre elles nous livrera son témoignage poignant sur la terrible destinée de ces enfants et de leurs mères enceintes hors mariage et obligées de renoncer à leur progéniture sous peine d’être égorgées, mais pour l’heure, la cinquantaine de ces petits débordaient de manifestations d’affection à notre égard. Émus par cette misère et prévenus avant le départ, nous avions apporté des couches et du lait ainsi qu’une aide matérielle pour soutenir l’œuvre admirable de ces religieuses.

 

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Olivier planté par Paul VI
à Getsémani en 1964
Saint Jean d’Acre
Forteresse des Croisés
Basilique de l’Annonciation.
D’après la tradition, la maison de Marie
Le dôme de la Roche
avec la Basilique du Saint Sépulcre

La visite de Bethléem a débuté le lendemain par une rencontre avec le docteur Abdel Fattah, au sein du centre culturel du camp de réfugiés Aida, personnalité hors du commun qui nous a présenté, côté palestinien, les sources et le contexte du conflit avec Israël. Il croit au dialogue pour tenter de faire émerger la paix. « Dans la ville de Bethléem vous est né un Sauveur ». Rien d’étonnant à ce que nous ayons célébré la messe de Noël au Champ des Bergers ? Nous nous sommes rendus ensuite à la basilique de la Nativité. Le sanctuaire original du IVème siècle a souffert mais abrite toujours la Grotte ; rude épreuve que de parvenir à voir et toucher le lieu supposé de la naissance de Jésus tant la foule était dense et pieuse. Elle piétinait aussi à l’église Sainte Catherine d’Alexandrie ou aux grottes où travailla Saint Jérôme ! Mais l’émotion était là…

Même émotion émerveillée, le 1er mai, lorsque nous avons atteint Jérusalem, la même qui étreignaient jadis les pèlerins quand, après tant d’efforts et de risques, ils parvenaient enfin aux portes de la Ville Sainte, en vue de la vallée du Cédron et des murailles de la cité. C’était un des cœurs de notre pèlerinage, là où Jésus a enseigné, souffert, a donné sa vie, est ressuscité et est monté aux cieux le jour de l’Ascension. La source de notre foi était là sous nos yeux. Nous sommes restés 2 jours et demi à Jérusalem, à mettre nos pas dans les siens, au mont des oliviers, au mont du temple, à Getshémani, au Cénacle, dans la maison de Caïphe, sur la via dolorosa et, enfin à la basilique de la Résurrection. La foule qui se presse au Golgotha et au Saint Sépulcre et sa ferveur sont impressionnantes. En dépit de la multitude, les pèlerins sont recueillis et prient sur une dalle de tombeau, heureusement vide. C’est vraiment dommage que des restes des anciennes dissensions entre Chrétiens pour le partage des lieux saints perdurent et compartimentent la basilique…Nous avons eu néanmoins la chance de pouvoir célébrer l’eucharistie dans la chapelle des croisés au sein du Saint Sépulcre et, la veille, là même où Jésus a initié son calvaire et où Pierre l’a renié, à Saint Pierre en Gallicante construit sur la maison de Caïphe. La Vierge Marie était également à l’honneur lorsque nous sommes allés à l’église de la Dormition et nous avons découvert, à côté de la piscine probatique, la très belle Sainte Anne, église romane, dotée d’une acoustique extraordinaire, bâtie sur la supposée maison des parents de la Vierge. Il y aurait encore tellement de choses à dire sur notre séjour à Jérusalem : la visite de la vieille ville, avec la traversée du souk, celle du mur des lamentations, la montée à l’esplanade des mosquées, la visite du sanctuaire du livre, exposant les rouleaux originaux de Qumram, la superbe grande maquette au musée d’Israël représentant la ville de Jérusalem en 66 de notre ère et le musée du mémorial de la déportation juive, Yad Vashem, de nature à arracher des larmes aux plus endurcis. Jérusalem, c’est aussi pour nous, deux personnalités remarquables que nous avons eu le bonheur de rencontrer, le Père David Neuhaus, vicaire patriarcal du diocèse, chargé des chrétiens de langue hébraïque, dont l’analyse sur la situation de la Terre Sainte est percutante et Marie-Armelle Beaulieu, rédactrice en chef de la revue de la custodie de Terre Sainte. Son intervention a tenu en haleine les pèlerins pourtant fatigués que nous étions ! Après l’agitation de Jérusalem, le déjeuner chez les sœurs à Kiryat Yearim et la halte à Abu Gosh -un des sites supposés d’Emmaüs- nous ont semblé des havres de paix, d’autant que le frère Olivier était passionnant à écouter. Belle messe aussi dans une des rares chapelles de Croisés ayant survécu à l’invasion perse de 614.

Le départ vers le mont Carmel, associé au prophète Élie, signait l’adieu à la Judée et ouvrait la route vers la Galilée. Au mont Carmel, la vue sur la baie d’Haïfa qu’on avait à partir de la maison d’accueil Stella maris coupait le souffle. De loin, on apercevait Saint Jean d’Acre, objet de notre prochaine visite, après la célébration de la messe au Mont Carmel. Au programme, la citadelle des Croisés, la salle des chevaliers, le tunnel des Templiers. Puis, en direction de Nazareth, passage à Séphoris, antique cité mise à mal par la guerre d’indépendance en 1948. Les fouilles des ruines en cours ont fait apparaître une ville magnifique dont l’histoire a probablement croisé celle de Jésus. Nazareth, alors un minuscule village, n’est qu’à 3 km et il est plausible que Joseph et Jésus aient parcouru cette distance au quotidien pour venir travailler à Séphoris avant le début de la vie publique du Messie et aient pu, dans la nuit de Nazareth, voir les lumières de cette ville bouillonnante qu’était Séphoris.

 

 

 

 

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Mémorial de la Shoa
à Yed Vachem

Nazareth compte aujourd’hui 120 000 habitants, en majorité musulmans. Cependant, de nombreux Chrétiens affluent en pèlerinage à la basilique de l’annonciation. C’est là que, dans une chapelle supérieure, nos accompagnants ont célébré l’eucharistie et que, le samedi soir, nous nous sommes joints à la procession aux flambeaux, rassemblant un millier de fidèles de tous les pays qui chantaient des cantiques locaux à Marie et récitaient le « Je vous salue Marie », chacun dans leur langue. Un moment inoubliable ! Il y a eu aussi la visite du centre de Marie de Nazareth, avec la projection d’un film saisissant en plusieurs parties sur la vie de Jésus. A suivi la montée en taxis au mont Thabor, lieu de la transfiguration du Christ. Lors des 2 autres soirées passées à Nazareth, deux rencontres, l’une avec un petit frère de Charles de Foucault et l’autre avec Madame Violette Khoury, membre du centre œcuménique SABEEL. Tous deux ont impressionné leur auditoire par leur expérience vécue.

Le pèlerinage touchait à sa fin mais l’intensité de son message demeurait, avec le départ pour le lac de Tibériade. Le site de Capharnaüm, la maison de Pierre, Tabgha (lieu de la multiplication des pains), le mont des Béatitudes, les eaux du lac étaient, sous nos yeux, autant de signes de l’incarnation de notre Seigneur. C’est là qu’il a soigné et guéri, qu’il a parlé aux foules. Désormais, on n’entendra plus les évangiles de la même façon. La messe célébrée à Dalmanuta restera gravée dans nos mémoires. Et vint le dernier jour avant de quitter la Terre Sainte, marqué par le passage à Cana et à Mghar la concélébration de la messe avec la communauté locale « paroisse grec catholique », selon un rite un peu différent, beaucoup moins sobre que le nôtre. A la suite de la messe, le Père Fawzi a eu l’amabilité de nous entretenir sur l’état de sa paroisse et le devenir de son pays, sur ses craintes et ses espoirs relatifs à l’entente et à la paix. Le périple s’est achevé par la visite de Césarée maritime, ville construite par Hérode le Grand qui devint au début de l’ère chrétienne la capitale des procurateurs romains. Le pèlerinage finit sur ce lieu d’ouverture du christianisme au monde. C’est, en effet, à Césarée que Pierre a baptisé les premiers païens et, de ce port, que Paul est parti pour Rome où il sera martyrisé.

Ce pèlerinage nous a conduits dans de nombreux lieux saints, a été source de multiples découvertes, de rencontres très enrichissantes et de moments de méditation intenses. Il était impensable de tout raconter, d’autant que chacun a son propre ressenti. Certains ont été très touchés par le silence du désert, d’autres par la sérénité et le caractère immuable du lac de Tibériade. D’aucuns ont été plus sensibles au site du Jourdain, cadre du baptême du Messie, d’aucuns autres ont été frappés la survivance de ces marches d’escalier menant à la maison de Caïphe datant du premier siècle et que Jésus a grimpées à l’orée de son calvaire. D’autres encore ont préféré la sobriété du tombeau du Juste -Joseph en l’occurrence- à Nazareth au décor surchargé de la Nativité à Bethléem ou du Saint Sépulcre à Jérusalem. Beaucoup également ont apprécié l’humour et la joie de vivre du frère Olivier à Emmaüs, la pertinence et la générosité du discours du Père David Neuhaus à Jérusalem ou la tolérance et l’humanité du docteur Abdel Fattah à Bethléem. La plupart d’entre nous a été horrifiée par l’évocation du suicide collectif des 900 réfugiés de Massada pour échapper à la servitude des Romains. De façon unanime enfin, les pèlerins ont été bouleversés par le témoignage de la sœur de la crèche de Bethléem. Bref, quel que soit le témoignage retenu, celui-ci a vivifié celui qui l’a reçu. Et nous nous sommes tous félicités de la convivialité et de la bonne entente qui régnait dans le groupe, de l’entraide, -pensons à Marie Jeanne qui a soigné une bonne partie du car !-, comme si la Terre Sainte avait réussi à faire vivre en Église les pèlerins momentanément rassemblés. Au moment d’aborder Pentecôte, faut-il y voir un rayon de la lumière de l’Esprit ?

Florence Pourcher-Portalier