Église catholique en Lozère
20 mai 2024 |

Débat sur la fin de vie, respecter la vie jusqu’au bout !

Une consultation citoyenne est ouverte sur la fin de vie. Elle invite à envisager une évolution de la législation d’ici la fin de l’année en ouvrant une possible aide active à mourir. Que l’on parle d’aide au suicide ou d’exception d’euthanasie, les questions sont vertigineuses et les débats du « panel citoyen » ou entre nous, peu confortables. Il faudra nous positionner… Pourquoi vivre ? Pourquoi cette vie-là ? Comment, tout à la fois, respecter et servir la vie sans acharnement ?

Nous n’oublions pas l’expérience toujours éprouvante du travail trépas, l’épreuve des personnes gravement malades ou handicapées, la solitude des soignants, le désarroi de certaines familles mais aussi le manque de structures appropriées. Les interrogations existentielles arrivent alors en cascade : accompagner vers la mort, mais comment ? Qui a le pouvoir sur la vie et sur la mort ? Qu’est-ce que le droit de mourir dans la dignité ? Mais alors qu’est-ce que la dignité inaliénable ? Quelles seraient les répercutions d’une exception, dépénalisation, ou légalisation de l’euthanasie ? 

Parler de la fin de la vie, c’est immanquablement évoquer notre regard sur l’homme, notre commune finitude, notre destinée. Nous le savons, face à la mort, nous sommes tous vulnérables. Et cette fragilité nous appelle, guidés par la sagesse, à la bienveillance, à l’empathie, à la fraternité. Il nous faut, encore et encore, rendre hommage à celles et ceux qui accompagnent, avec tant de délicatesse et d’écoute, les personnes en fin de vie. C’est l’œuvre magnifique des personnes engagées dans les services de soins palliatifs dont le nombre de lits demeure encore nettement insuffisant malgré les progrès notables des dernières années.

Devant l’homme en souffrance, l’humanité a, peu à peu, laissé émerger une attitude de protection : « Tu ne tueras pas ». C’est aussi, pour les chrétiens, un commandement de Dieu. Il est présent dans le serment d’Hippocrate et présenté comme un interdit fondateur par le philosophe Emmanuel Lévinas. Cet interdit est, en effet, au fondement de toute vie sociale respectueuse d’autrui, spécialement des plus faibles et de ceux qui en viennent à douter de la valeur de leur propre vie. Il est de la plus haute importance de ne pas affaiblir la force d’un tel repère. Dominique Quinio, journaliste et membre du Comité Consultatif National d’Ethique, remarque : « Le cap franchi par le jury citoyen, même assorti de moult nuances, est inquiétant… Une fois la fissure creusée, on le sait, la digue se fragilise ». 

Le Conseil permanent de la Conférence des évêques invite les fidèles catholiques à faire du vendredi 10 février 2023, veille de la fête de Notre Dame de Lourdes et de la journée de prière pour les personnes malades, une journée de jeûne et de prière pour le respect de la vie humaine. Je vais également, le même jour à la Maison diocésaine de Mende à 15h00 et à 20h30, proposer une conférence sur ce sujet. Une Lettre pastorale des évêques, Ô mort où est ta victoire ?, peut aussi accompagner nos réflexions.

Dans le contexte mouvant de nos sociétés, et notamment du débat ouvert dans notre pays sur la fin de vie, n’est-il pas notre mission, plutôt que de hâter la mort, de sauvegarder la dignité de la vie humaine jusqu’au bout ?  

 

                                                                                                                                                                                                                                    + Benoît BERTRAND

                                                                                                                                                                                                                                       Évêque de Mende