Extrait du discours du Cardinal Jean-Marc AVELINE à l’ouverture de l’Assemblée des évêques de France à Lourdes le 24 mars 2026.
« Nous avons vécu le deuxième tour des élections municipales, un scrutin local mais très important, à quelques mois des Sénatoriales prévues en septembre prochain, et à un peu plus d’un an de l’élection présidentielle.
En relisant cette séquence des élections municipales, je relève, pour ma part, la violence croissante dans laquelle semble irrésistiblement devoir sombrer, année après année, le débat public. Violence verbale d’abord, dans les hémicycles, sur les ondes ou les plateaux de télévision, et plus encore sur les réseaux sociaux. Créer les conditions d’un vrai débat sera sans doute l’un des enjeux importants, dans les mois qui viennent, en vue de l’élection présidentielle.
Tandis que nous nous réunissons pour avancer sur ces chantiers importants concernant l’Église et la société, une situation internationale qui, de jour en jour, se dégrade dangereusement. Le Moyen Orient est emporté dans la spirale d’une guerre sans merci. Une guerre dont on peine à percevoir quel est l’objectif ultime, mais dont le nombre de victimes innocentes, décédées, blessées ou déplacées, ne cesse de croître d’heure en heure ; une guerre d’usure, d’autant plus meurtrière que la robotisation croissante met de plus en plus à distance l’acte de donner la mort.

Aujourd’hui, force est de constater que, même si la protection aérienne ne se révèle pas toujours étanche, le peuple israélien a toutefois des abris pour se protéger des missiles ennemis, ce qui ne l’empêche pas de vivre dans l’angoisse de sa sécurité immédiate et de sa survie à long terme. Le peuple iranien, de son côté, non seulement n’a pas d’abri, mais sait qu’il peut être pris pour cible, et sans scrupule aucun, par ceux-là même qui sont censés le protéger et qui peuvent devenir d’autant plus féroces qu’ils sentent que leur propre survie est menacée ! Il en va de même pour peuple libanais, sans cesse soumis au jeu des grandes puissances régionales, qui ne cherchent qu’à le diviser afin de faire taire son message, ce message que les papes successifs, depuis saint Jean-Paul II, ne cessent de mettre en valeur, parce qu’il témoigne qu’une fraternité est possible entre des personnes de religions différentes et que c’est là le seul chemin vers la paix !
Permettez-moi de terminer par le texte de deux Chapitres donnés à sa communauté de Tibhirine par le Père Christian de Chergé à la mi-février 1996, quelques semaines avant l’enlèvement, qui eut lieu dans la nuit du 26 au 27 mars.
« Il s’agit donc de “demeurer sur terre”, de garder les pieds sur terre, tout en ayant vue sur les “cieux”, en ne perdant pas de vue l’objectif, le terme : la tête des arbres ne pointe pas du côté de leurs racines. Il n’y a aucune raison que nous échappions à cette loi de la création qui aspire “aux choses d’en-haut”. Il nous revient d’en faire l’orientation d’un choix de liberté, d’un désir sans cesse renouvelé, dont la sève irrigue tous nos élans sans cesser d’être puisée dans le terreau du quotidien. L’arbre de la croix permet cette comparaison. Toutes les dimensions de l’homme s’y trouvent révélées, à la verticale, comme à l’horizontale des bras ouverts. Et si nous le contemplons inlassablement, c’est bien parce que la véritable croix n’est pas le bois du supplice qui donne la mort, mais cet arbre de vie en tout semblable à nous, dont la tête touche le ciel, et où chacun peut trouver à faire son nid par la brèche d’un cœur ouvert.
Parce que l’incarnation du Fils de Dieu est passée par là pour se dire, en plénitude de communion humaine, la mort, notre mort désormais, change de sens. Elle n’est pas le lieu d’une désintégration. Elle n’est plus déracinement, mais enracinement définitif là où la tête a pris pied. Ceci pour dire que notre mort est incluse dans le don, qu’elle ne nous appartient pas, et donc qu’elle ne peut être risquée que dans le même climat d’Évangile que tous nos autres instants offerts à Dieu. […] Le mystère pascal […] est ce lent passage de l’obéissance qui renonce à sa volonté pour ne plus goûter la vie que dans celle de Dieu. » »