Au terme de ma mission en Lozère, je rends grâce au Seigneur pour le chemin parcouru, pour les rencontres reçues et pour tout ce que cette terre m’a donné de vivre et d’apprendre. Je peux reprendre les paroles du psalmiste : « Qu’il est bon, qu’il est doux pour des frères de vivre ensemble et d’être unis ! » (Ps 132, 1). Durant ces années, j’ai eu la joie de naviguer au cœur de missions diverses, comme autant de chemins par lesquels le Seigneur m’a conduite à la rencontre de son peuple.
La maison d’arrêt m’a menée vers une périphérie humaine et existentielle où l’Évangile prend un visage particulier. À la rencontre des personnes détenues, j’ai appris à regarder au-delà des situations, des fautes et des blessures, pour rejoindre la personne dans sa dignité et son espérance. La parole du Christ : « J’étais en prison, et vous êtes venus jusqu’à moi » (Mt 25, 36) a pris une résonance très concrète. Ces rencontres m’ont rappelé que le Christ se laisse rencontrer dans les lieux où l’on ne pense pas toujours à le chercher, et que personne n’est définitivement enfermé dans son passé.
Avec le Fraternibus et le Secours Catholique, j’ai sillonné les routes et les villages de cette belle Lozère. J’y ai rencontré des personnes seules, des familles, des bénévoles, des personnes fragilisées et tant de visages qui m’ont révélé une Église proche, attentive et fraternelle. J’ai découvert la fécondité d’une présence toute simple : écouter, accueillir, partager un moment, prendre le temps d’être là. « Ce que vous avez fait à l’un de ces plus petits de mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait » (Mt 25, 40).
Ces missions m’ont aussi donné la grâce de parcourir cette terre magnifique. En sillonnant ses routes, en découvrant ses villages, ses montagnes, ses paysages et ses grands espaces, j’ai souvent pensé avec saint François d’Assise : « Loué sois-tu, mon Seigneur, pour notre sœur Terre Mère. » La beauté de la création est devenue pour moi une véritable catéchèse silencieuse. Elle m’a appris à contempler, à m’émerveiller et à reconnaître dans la Création la trace du Créateur. Avec le pape François, dans Laudato si’, j’ai redécouvert combien « tout est lié » et combien la contemplation de la création peut conduire à la louange et à la responsabilité.
Comme déléguée épiscopale à la vie consacrée et engagée dans la pastorale des vocations, au cœur de la pastorale des jeunes, j’ai découvert encore d’autres visages de l’Église : les consacrés, les jeunes en recherche, les familles, les prêtres, les laïcs engagés et tous ceux qui donnent de leur temps et de leur vie pour que l’Évangile demeure vivant. J’ai compris davantage que l’Église est véritablement une communion de vocations et de charismes, où chacun reçoit une grâce particulière pour le bien de tous : « À chacun la manifestation de l’Esprit est donnée en vue du bien » (1 Co 12, 7).
Auprès des jeunes, j’ai particulièrement goûté la joie de chercher avec eux le chemin que le Seigneur ouvre devant chacun. La vocation n’est pas d’abord une fonction ou un état de vie : elle est une réponse à un appel et une invitation à devenir pleinement soi-même dans le don. Comme le rappelle le pape François dans Christus vivit, « Dieu t’aime. Ne doute jamais de cela ». Accompagner un jeune, c’est peut-être avant tout l’aider à découvrir cette première parole de Dieu sur sa vie : une parole d’amour qui précède toute réponse.
À travers ces différentes missions, j’ai découvert avec émerveillement la richesse humaine et spirituelle de la Lozère. J’ai été profondément touchée par la foi enracinée des Lozériens, leur fidélité, leur amitié sincère et leur proximité souvent discrète mais profondément fraternelle. À leur contact, j’ai appris le dépassement, la patience et la force de la simplicité. J’ai découvert que l’Évangile n’a pas besoin de grands discours pour être annoncé : il peut se transmettre dans une main tendue, une porte ouverte, une écoute attentive, une présence fidèle, un service accompli avec amour.
Cette expérience m’a également fait goûter la vérité de la parole de Jésus : « Celui qui demeure en moi et en qui je demeure, celui-là porte beaucoup de fruit » (Jn 15, 5). J’ai compris davantage que la fécondité d’une mission ne se mesure pas seulement à ce que nous accomplissons, mais à la qualité du don de nous-mêmes. Le don gratuit éveille chez l’autre quelque chose de nouveau : il ouvre à la confiance, suscite l’amour, accueille la différence et permet à chacun de trouver un chemin d’enracinement dans le Christ.
Je repars donc avec une profonde action de grâce. J’ai aimé de tout mon cœur cette terre, ses habitants et les personnes rencontrées sur mon chemin. J’ai essayé de servir avec empressement, d’accueillir avec simplicité et de témoigner avec profondeur de Celui qui meut et soutient ma vie : le Christ Jésus.
Comme le rappelle saint Paul : « L’amour du Christ nous saisit » (2 Co 5, 14). C’est cet amour qui m’a conduite, soutenue et envoyée. C’est lui qui donne sens à ce qui a été vécu et qui ouvre maintenant un nouveau chemin. Je quitte la Lozère avec des visages dans le cœur, des paysages dans les yeux, des paroles reçues, des liens tissés et une conviction renouvelée : lorsque la vie est donnée par amour, elle devient semence de vie pour les autres.
Et je peux simplement reprendre avec Marie : « Le Seigneur fit pour moi des merveilles » (Lc 1, 49). À Lui la gloire, pour ce qui fut reçu, vécu, partagé et donné.
– Soeur Rose Mama