Église catholique en Lozère
03 juillet 2026 |

Magnifica humanitas : Léon XIV face au défi de l’IA

En choisissant son nom, Léon XIV a souhaité s’inscrire dans le sillage du pape Léon XIII et de son encyclique Rerum Novarum (« Des choses nouvelles »). Publiée le 15 mai 1891, cette encyclique sociale a inauguré la doctrine sociale de l’Église dans sa forme contemporaine.

C’est le 15 mai dernier, soit 135 ans après Rerum Novarum, qu’il a signé sa première grande encyclique, Magnifica Humanitas (MH), dont le sous-titre indique clairement l’objectif : « Sur la protection de la personne à l’ère de l’intelligence artificielle » (IA). La dignité de la personne humaine est en effet au cœur de sa réflexion.

Le défi de l’humanité à l’ère de l’IA est présenté par le pape comme un choix entre deux voies : celle de la tour de Babel, « où l’œuvre commune est guidée par un projet de domination qui finit par déshumaniser », ou celle de la reconstruction de Jérusalem, « une œuvre de responsabilité partagée » (MH 90).

Pour exercer ce discernement, Léon XIV s’appuie sur la doctrine sociale de l’Église, qu’il présente comme une ressource précieuse et incontournable. Cette pensée vivante met en avant six grands principes : la dignité de la personne humaine, le bien commun, la destination universelle des biens, la subsidiarité, la solidarité et la justice sociale.

L’intelligence artificielle soulève de nombreuses questions : le sens du travail, la concentration croissante du pouvoir technologique, le rôle de l’éducation, l’impact environnemental ou encore le rapport à la vérité. Une interrogation traverse l’ensemble de ces enjeux : qui maîtrisera l’IA ? Sera-t-elle laissée aux seuls intérêts financiers, privés ou étatiques, ou fera-t-elle l’objet d’une régulation fondée sur des principes éthiques ?

À ceux qui rêvent d’un transhumanisme ou d’un posthumanisme visant à repousser, voire à abolir, les limites de la condition humaine, le pape oppose une profonde réflexion sur la fragilité humaine, éclairée par l’incarnation du Fils de Dieu.

Le pape ne condamne pas l’IA en elle-même : « le monde numérique [est] un nouveau continent à évangéliser, qui a besoin de missionnaires généreux, mûrs dans la foi » (MH 238). Il appelle cependant à « désarmer l’IA », c’est-à-dire « non pas renoncer à la technologie, mais l’empêcher de dominer l’humain » (MH 110).

Face à une culture du pouvoir qui banalise la violence, qu’elle soit interpersonnelle ou interétatique, et qui utilise l’IA pour influencer, manipuler ou détruire, notamment dans le domaine militaire, Léon XIV met en avant la construction d’une civilisation de l’amour. Une civilisation qui accorde une place privilégiée aux plus fragiles et dans laquelle chacun est appelé à apporter sa pierre à l’édifice :

« La spiritualité que je souhaite transmettre est celle du “sage architecte” qui, habité par l’espérance du Règne de Dieu, s’emploie à bâtir le monde pour le bien (cf. 1 Co 3, 10). […] Notre travail de construction doit aujourd’hui avoir pour fondement la relation avec Dieu, pour règle l’acceptation de la limite humaine comme une réalité naturelle et positive, et pour style la coresponsabilité ainsi que le langage évangélique. » (MH 236)

Cette encyclique est longue et dense, mais elle demeure accessible. Elle mérite d’être lue avec attention et constitue une contribution majeure à la réflexion sur les défis anthropologiques, sociaux et spirituels posés par l’intelligence artificielle.

+ Jean Pelletier, évêque de Mende