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La force missionnaire de la piété populaire

Avec l’été et un rythme différent, nous aimons découvrir d’autres églises, y allumer un lumignon pour prolonger notre prière, initier les enfants en vivant avec eux un pèlerinage local ou une célébration mariale, notamment le 15 août, nous tourner vers la croix du Christ, nous confier avec d’autres personnes à un saint ou à une sainte vénérés chez nous… Notre soif de Dieu, l’affection que nous lui portons, exprimée dans des gestes simples et spontanés, se révèle contagieuse. Sans peut-être même nous en rendre compte, nous participons, par notre piété, à l’action missionnaire du peuple de Dieu.

Nos dévotions personnelles ou communautaires n’ont rien d’anecdotique. L’élan du cœur avec lequel nous les accomplissons traduit, de manière concrète et palpable, la justesse de notre foi. Quand nous aimons Dieu, nous désirons le rencontrer, l’approcher et même, si c’était possible, le toucher ! En fréquentant les églises, en nous rendant dans un lieu qu’un saint de chez nous a marqué de son empreinte, en priant devant ses reliques, en nous confiant ensemble à la Vierge Marie, nous laissons libre cours à notre désir de venir au plus près de Dieu et de nous laisser toucher par lui.

Quelque peu piégés par les analyses sociologiques qui parlent du christianisme en adoptant comme critères essentiels la pratique dominicale et le nombre de vocations sacerdotales, nous risquons de passer sous silence ces nombreux gestes de dévotions, posés par quantité de personnes au quotidien et sans doute plus encore en cette période estivale. Pour approcher le mystère, nos sens sont convoqués (voir, toucher, sentir…). Il s’agit de connaître réellement et vraiment une réalité qui nous dépasse tout en nous étant déjà familière. On parle alors de connaissance symbolique. Cette manière de connaître a souvent été tenue pour secondaire au regard de la connaissance par la raison, la pensée, l’analyse. Les dévotions populaires ont parfois même été caricaturées en parlant de « légendes », de « croyances » voire même de « superstitions ».

Pourtant, la figure du croyant qui marque le plus nos contemporains est celle du pèlerin : celui qui se met en route par amour et pour l’amour ; celui qui change de vie et l’oriente selon Dieu, de façon authentique et sérieuse. A travers les diverses manifestations de la piété populaire, s’exprime le don spirituel de l’affection filiale. Pour le Pape François (La Joie de l’Évangile, § 122), la piété populaire est « une réalité en développement permanent où l’Esprit Saint est l’agent premier ». Nous ne devons pas y voir uniquement une « recherche naturelle de la divinité » mais bien plutôt le signe d’une authentique vie dans l’Esprit, propice à la transmission de la foi.

Nous allons fêter cet automne les 400 ans de la consécration de notre cathédrale, détruite puis rebâtie suite aux guerres de religions. C’est sur le tombeau de Saint-Privat qu’elle a été édifiée. Les nombreux pèlerinages près de ses reliques ont permis à Mende de se développer. Qu’il est touchant de constater qu’après près de 18 siècles, le pèlerinage continue ! L’histoire a depuis connu bien des vicissitudes ; l’Église et la société ont traversé nombre de mutations. L’affection portée à Privat, évangélisateur et martyr, demeure.

Dans les grottes-ermitage du Mont-Mimat, des ex-votos, dont certains relativement récents, expriment la gratitude de personnes guéries, de prières exaucées. Dieu a touché notre région, notre histoire. Il continue à se rendre proche, à venir, à agir. Nous sommes sensibles aux signes constants et réguliers du Seigneur. Rien de légendaire ou de magique là-dedans ! La foi reçue s’est incarnée et continue à se transmettre, dans la fidélité simple et aimante du peuple de Dieu, de générations en générations. Ce trésor, nous l’avons en partage. A nous de le faire découvrir à nos enfants, petits-enfants mais aussi à ceux et celles qui accepteront de se laisser toucher.

François Durand