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Projet de loi sur la bioéthique,
l’évêque de Mende dit sa forte préoccupation

Tout le monde a le droit d’exprimer son opinion. Je décide de le faire publiquement. Avec les évêques de France, avec des personnes croyantes ou non, je souhaite dire combien le projet de révision des lois de bioéthique me préoccupe fortement. Bioéthique et société, que ferons-nous de l’homme ? Les enjeux sont immenses. Il convient de nous les approprier. Comment accompagner fraternellement tout en portant un regard lucide devant des situations souvent complexes et douloureuses ? Les échanges sont certes peu confortables mais ô combien nécessaires.

Avec le Président de la Conférence des évêques de France, j’entends la souffrance des femmes homosexuelles qui ne peuvent accueillir la vie ; je comprends aussi celle des hommes homosexuels qui se trouvent dans cette situation de manque. Mais le désir d’enfant ne peut devenir un droit à l’enfant. La puissance de la volonté des adultes respecte-elle aussi le droit des enfants ? S’il s’agit d’apprécier et d’encourager les progrès des sciences et des techniques qui honorent notre humanité – et nous devons dire notre profonde gratitude aux chercheurs -, il nous faut aussi reconnaître que certains pourraient la blesser et l’altérer. Tout ce qui est techniquement réalisable n’est pas licite et recommandable : que ferons-nous de l’homme ?

Les questions fondamentales sont posées. Celle de la filiation : avec la PMA pour toutes, un enfant peut-il être juridiquement et techniquement privé de père au point que celui-ci devienne comme « superflu » ? Celles des recherches et des manipulations sur l’embryon : le petit de l’homme peut-il être instrumentalisé avec, on le sait, la pression des puissances libérales et financières ? Celle de la marchandisation du corps humain : la GPA, gestation pour autrui, est désormais à l’horizon. Accepter aujourd’hui la PMA pour toutes les femmes obligera, dans un temps assez bref, à autoriser demain la GPA pour répondre techniquement à d’autres souffrances. Sylviane Agacinski, féministe engagée, a pris position : « Sous couvert de nouveaux droits et d’une quête éperdue d’égalité peut naître une nouvelle forme d’oppression ». Avec ces questions et d’autres encore, je m’interroge : que ferons-nous de l’homme ?

Chers amis, croyants ou non, il nous faut mieux comprendre les risques et enjeux de ce projet de loi sur la bioéthique. Des documents sont à votre disposition : articles, fiches, ouvrages, vidéos… Certains d’entre nous seront convaincus qu’ils doivent manifester, d’autres décideront d’écrire aux élus de la Nation, d’autres encore seront conduits à suivre un module de formation sur les questions liées à la bioéthique et à expliquer leur position… La vie est un mystère grand et beau, les progrès des sciences sont respectables, les souffrances doivent être assurément accompagnées au mieux. Exprimer son désaccord avec un tel projet de loi, c’est aussi choisir, aujourd’hui, le type de société que nous désirons pour demain : que ferons-nous de l’homme ? 

+ Benoit Bertrand
  Évêque de Mende