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Copyright NBottou - Diocèse de Mende - Père Jean Ollo Kansié, prêtre pour les enfants des rues

Le prêtre des enfants des rues

Le père Jean Ollo Kansié est venu en visite en Lozère fin avril dernier.

En juin 2014, je le rencontrais pour la première fois. Prêtre en Côte d’Ivoire, il était de passage en France pour visiter une sœur religieuse et quelques amis dans la région. Ce fut l’occasion de partager avec lui sur sa mission dans la ville de Bouaké : sauver les enfants des rues. Je publiais ensuite un article dans notre revue diocésaine (Église en Lozère n°7 du 3 juillet 2014 – 142ème année de la revue diocésaine). A l’occasion de cette nouvelle visite, il a accepté de nous partager les dernières nouvelles.

Depuis 2013, le père Jean Ollo Kansié a repris la gestion de la Maison de l’enfance qui travaille à la réinsertion socio-professionnelle des enfants des rues. Cette institution sociale, a été fondée en 1970 par les religieux de Saint Vincent de Paul, pour assurer la protection des garçon livrés à la rue.

La grande ville de Bouaké, en Côte d’Ivoire, compte environ un million d’habitants. Et parmi cette population, on compte nombre d’enfants abandonnés à la rue. Cela peut être pour des questions de violence familiale, à cause du comportement de l’enfant qui n’est plus toléré, ou bien pour des soupçons de sorcellerie. L’action de la Maison de l’enfance consiste à rechercher ces enfants dans et à les accueillir.

Beaucoup viennent de villages, certains d’autres pays (Mali, Burkina, Guinée…) où les enfants sont exploités et travaillent dans les champs de cacao. Le père Jean Ollo Kansié effectue des tournées nocturnes de 22h à 01h pour chercher ces enfants. Parfois, il obtient un signalement de personnes dites référentes (cela peut être un restaurant par exemple, bien que la plupart les considèrent comme des voleurs ; ou bien une personne d’une institution). Il est parfois arrivé aussi que des enfants étant passés par la Maison de l’enfance accompagnent d’autres enfants. Ou bien encore, il se peut que certains viennent spontanément, mais c’est plus rare.
Un gros travail d’accompagnement est mis en place afin de stabiliser l’enfant et lui permettre une réintégration soit familiale (quand c’est possible) soit sociale.

L’autre point d’orgue de l’institution est la sensibilisation auprès des familles, des autorités locales et politiques, de la justice… et de la communauté en général pour convaincre de la place de l’enfant au sein de sa famille et pointer l’importance du rôle des parents dans l’éducation de l’enfant (beaucoup de parents n’ont jamais été à l’école et n’ont pas de bonnes pratiques pour l’éducation des enfants). Il importe que les chefs de villages et notables soient sensibilisés à cette question car cela impacte ensuite l’ensemble du village.

Avec un gros travail de médiation et de sensibilisation, il est parfois possible qu’un enfant rejeté réintègre le foyer. Pour cela, le père Jean Ollo Kansié rencontre les parents, parle avec eux. Lorsqu’ils acceptent, un suivi est mis en place pour veiller à ce que tout se passe bien.

Une belle évolution

Depuis sa création, la Maison de l’enfance est devenue une véritable institution structurée. Aujourd’hui, elle s’appuie sur le père Jean Ollo qui partage la responsabilité du projet avec une autre personne, plus une gestionnaire administrative et 12 éducateurs (moniteurs-enseignants et moniteurs éducateurs).
Les actions menées et les résultats ont apporté crédibilité et visibilité à l’association. Dorénavant, la Maison de l’enfance est reconnue par les services sociaux de la ville et le service juridique de la protection de l’enfance et de la jeunesse qui collaborent maintenant régulièrement. Ils n’apportent pas d’aide financière mais une aide humaine, telle l’intervention ponctuelle de spécialistes. Une assistante sociale vient par exemple deux fois par semaine.

A la Maison de l’enfance, un suivi psycho-affectif et une prise en charge médicale des enfants sont assurés. Depuis les débuts, l’équipe s’est professionnalisée et renforcée. Aujourd’hui, un aide-soignant est présent sept jours sur sept, et un médecin vient trois fois par semaine. Les éducateurs sont là pour créer un foyer type familial pour les enfants, leur apportant notamment une aide alimentaire et des actions sociaux-culturelles.
Chaque année, la Journée de l’enfant africain est fêtée le 16 juin et offre l’occasion d’organiser différentes prestations : poème, musique, chants… les enfants peuvent témoigner et sont acteurs pour sensibiliser à leur cause. C’est un rendez-vous important.

A la Maison de l’enfance, environ 63 enfants sont accueillis constamment. Ce chiffre varie au cours de l’année suivant les enfants qui sont pris en charge et ceux qui sont placés ou qui trouvent une situation. « Le trimestre dernier, 88 enfants étaient accueillis », me confie le père Jean Ollo.
Des enfants « externes » viennent aussi au sein de l’institution pour participer aux cours para-scolaires. Il existe trois classes où les enfants apprennent à lire et bénéficient d’un soutien pour passer les concours dans une école normale.
Depuis que ces cours sont dispensés, les deux premières promotions ont fait 100% de réussites aux examens ! Parmi les plus grands, douze jeunes poursuivent leurs études au lycée et une jeune suit une formation professionnelle qualifiante en couture dans la ville de Bouaké.

En effet, en plus de la Maison de l’enfance, l’association gère aussi un autre centre dans le village de Kaloukro, à 18 km de Bouaké, où des jeunes-filles sont accueillies (jeunes-filles mères pour la plupart). Là, elles sont alphabétisées et apprennent un métier (couture, pâtisserie, tricotage).

Quelle foi pour ces enfants

Les enfants sont musulmans ou chrétiens. Tous vivent ensemble et se respectent complètement.
Il n’y a pas d’enseignement religieux au sein de l’institut afin de respecter totalement la liberté de ces enfants qui arrivent déjà avec leur bagage, leur histoire.
Mais il me confie que les enfants savent qu’il célèbre la messe le dimanche dans sa paroisse puisqu’il est prêtre. Eh bien de façon libre et totalement spontanée, tous viennent à la messe ! Même s’ils n’ont pas la foi catholique, ils sont là, ils regardent.

Un grand besoin financier

Le père Jean Ollo Kansié et son équipe réfléchissent à développer des activités agro-pastorales qui puissent rapporter quelque chose à l’institution car la Maison de l’enfance n’a aucune réserve financière. Elle ne vit que de la Providence et souffre de manque d’argent.

Trois hectares viennent d’être offerts à la Maison de l’enfance dans un village proche. Tout est à construire, mais ils aimeraient monter un projet tel que l’élevage et l’agriculture qui sont des activités d’avenir.
Dans les souhaits exprimés, il y aussi le désir de créer un espace de jeu et de réhabiliter certains bâtiments.

Toutes les aides sont bienvenues.

Pour en savoir plus et suivre les actions, une page Facebook existe : Maison De L’enfance Bouaké
Association Maison de l’enfance – 01 B.P.1160 – Bouaké – Côte d’Ivoire

Nolwenn Bottou