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C’est au début de l’année 1877 que le père Auguste Ferrand, originaire de Cubières en Lozère, est envoyé en mission à Guangdong, dans la province de Hong-Kong, où il deviendra un véritable apôtre et bâtisseur.

Voici l’extrait de l’article publié récemment par le P. Matthieu Masson, MEP et M. Pierre-Yves Ferrand dans la revue n°540 des Missions étrangères de Paris (MEP).

Auguste Ferrand bâtisseur au Guangdong

Cubières, petit village de Lozère vit naître Auguste Ferrand le 5 juillet 1844. Il reçut les premiers sacrements de la vie chrétienne dans l’église Saint-Étienne. Des générations de Ferrand ont prié dans ce bel édifice du Xe siècle. On y voit des plaques en marbre évoquant la vie d’Auguste et de la famille Ferrand.

Fils d’Alexis et Sophie Ferrand, Auguste naît dans une famille catholique pratiquante. Sa mère est très pieuse ; du côté de son père, trois oncles sont prêtres. Dans ce milieu où la foi se transmet comme un legs pré- cieux, la vocation missionnaire d’Auguste s’est manifestée dès l’enfance. Son instituteur faisait jouer à ses élèves le drame de la Passion, à la fin du carême, dans l’église. Le rôle du Christ revenant au plus pieux,  tous les regards se sont tournés vers Auguste, alors âgé de 10 ans, qui en était très heureux. C’est au sortir d’une de ces représentations que sa mère exprima avec émotion son désir que son fils soit prêtre.

Le décès prématuré de sa mère retarde son projet d’entrer au séminaire, son père ayant souhaité le garder un peu avec lui. À 22 ans, son frère aîné, professeur à l’université, commence à lui enseigner le latin tandis qu’il suit le cours de rhétorique au petit séminaire de Chirac. Deux ans plus tard, en 1870 il entre enfin en philosophie. Mais cette même année, a lieu la guerre avec la Prusse. Il endosse alors l’uniforme militaire avec le grade de sergent-major.

Après la guerre, Auguste reprend ses études au séminaire de Mende puis entre au séminaire des Missions Étrangères de Paris en octobre 1873.

À Weizhou : de la hutte aux premiers chantiers

En septembre 1876, Auguste est ordonné prêtre et désigné pour la mission du Guangdong. Au début de l’année suivante, peu après son arrivée à Canton, après quelques mois d’étude de la langue chinoise, l’évêque de Canton, Zéphyrin Guillemin, l’envoie dans l’ile de Weizhou : il en sera le véritable apôtre.

L’île comptait alors environ 4 000 habitants, dont quelques centaines de Hakkas qui furent un temps les catéchumènes du Père Jolly. S’étant construit une hutte en bord de mer, Auguste Ferrand retrouve parmi les habitants de l’île une vingtaine de baptisés, dont il considère qu’ils seront « le levain de la grande masse que j’aurai à pétrir », tandis que la population reçoit le missionnaire avec un a priori favorable.

Le père Ferrand bâtit dès la première année à Weizhou une modeste chapelle. Il se lie d’amitié avec les habitants en s’occupant de fabrication des barques, de technique de pêche et d’agriculture. Il met aussi en place plusieurs écoles, un hospice pour les infirmes et les personnes âgées et construit de petites habitations pour  les lépreux que tout le monde rejette.

Dans les écoles, le père Ferrand veut mettre en place une pédagogie imprégnée de la démarche de Don Bosco. Cette démarche est basée sur la confiance avec une bienveillance réciproque : prévenir et non  réprimer.  Il en va de même pour son pro- jet d’orphelinat qu’il envisage comme un lieu d’éducation et d’évangélisation des jeunes à travers le jeu et l’attention porté aux enfants. « Peu de punitions, préviens les fautes par la surveillance » L’idéal, c’est toujours qu’un enfant à l’école puisse bénéficier d’un bon instituteur et d’un vrai catéchiste, cela facilite bien l’évangélisation.

Son troupeau augmente rapide- ment et la chapelle qu’il avait lui- même construite ne suffit plus. Il envisage alors d’en construire une bien plus grande, au nord- est de l’île, dans le village de Singtong (盛塘村). Ce sera une église gothique à trois nefs, avec une tour portail de quinze mètres de haut. Il en dresse les plans et s’initie avec les catholiques de l’île, à tous les métiers du bâtiment : appareilleur, mouleur, menuisier, maçon. Il faut ouvrir une carrière dont on extrait une pierre volcanique assez sombre, et construire  un four à chaux, dans lequel on brûle des coquillages, seul matériaux calcaire présent sur cette île.

Au bout de trois années de labeur, l’église est consacrée. Nous ne savons pas si elle était alors complètement achevée, peut-être que la tour ne l’était pas. Elle est en tout cas depuis appelée « 天主堂 », expression inscrite sur sa façade, qui signifie « église catholique » et qui n’a rien d’original puisque c’est le nom commun des églises des catholiques en Chine. Celle de Weizhou restera uniquement désignée ainsi. Même les missionnaires français ne l’appellent jamais autrement que par son nom chinois, en écrivant « Tien tchou tong ». Encore aujourd’hui, on se demande si le père Ferrand avait pensé à une dédicace plus spécifique. Il est aussi écrit sur la façade : «   ॠ愢ߑ੮҅Ԇਵ嬙ኞ   ».

Ce message se traduit littéralement par « La face du Ciel (Le visage de Dieu) est proche, le Seigneur règne sur tout être vivant ». Il pourrait signifier : « Bientôt nous serons devant Dieu, le Seigneur de l’Univers » ; « Bientôt nous verrons Dieu, le Seigneur de tous les peuples » ; ou encore : «Dieu est parmi nous, il a fait le ciel et la terre ».

Après cela, le père Ferrand veut poursuivre la construction d’une autre église dans le village de Singjai (城仔). Il n’en n’a cependant pas le temps car son évêque, Auguste Chausse, qui remplace Guillemin, l’appelle à évangéliser un territoire bien plus grand.

Dans les montagnes du district de Heyuan

En 1882, le Père Ferrand quitte son île pour rejoindre Heyuan ( 河 源 ), 150 kilomètres à l’est de Canton, dans les montagnes. Sa nouvelle mission s’étend sur une superficie de plus de dix mille kilomètres carrés dans la préfecture de Huizhou ( 惠州 ). Les chrétiens disséminés sur cette vaste étendue sont au nombre de sept cents environ. Les premiers d’entre eux étaient des migrants revenus depuis quelques années de Singapour, de Malaisie ou de Thaïlande. La grande majorité était les convertis des catéchistes chinois.

Le développement de l’œuvre des catéchistes au Guangdong avait été la grande priorité missionnaire de Guillemin. À contrecourant de la propagande des MEP, il redoutait les conséquences désastreuses des persécutions sur les chrétientés naissantes et avait horreur de la témérité des missionnaires attirés par le martyre. 

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